Werner Lambersy

Un bien vieux rêve...
***
Viennent de paraître

Comme un peu ‘’de la peau de l’âme’’…
Quelques recueils comme autant d’écueils
Quelques lecteurs comme autant d’amers sur des côtes inconnues
Quelques amis comme autant de miracles…
Né à Anvers le 16 novembre 1941, scorpion donc qui craint autant la pleine lune que le plein soleil. Les titres de ses publications résument à eux seuls les strates de son parcours.
***
"Dernières nouvelles d'Ulysse"
extraits inédits
Ultime extrait
... "La mort seule et sans aide extérieure a moins tué que les hommes" car ils bâfrent et font bouffer de la mort plus que la vie n'en a besoin Ils jouent dieu pile ou face en soufflant les bougies du gâteau des morts massacrent sacrifient et font souffrir au-delà d'innombrables angoisses construisent leurs maisons avec la caillasse ayant servi aux lapidations et boivent des alcools maternels dont ils revêtent les masques innommables Mais la Mer morte de l'oubli les force à flotter malgré eux qui veulent tant s'y enfoncer L'encombrant violoncelle du remords ils le traînent partout payant double tarif dans les transports publics et double travail pour l'accorder le soir avant le concert du sommeil Ils pleurent et regrettent d'avoir nié leurs enfants en niant leurs assassins qui nous avaient balancés comme à des chiens de meute ... A contempler l'univers où l'on vit peut-être attrape-t-on "la peau de l'âme" ***
Sixième extrait
Toi seule ô mon aimée tu sais que dans mes chaussures neuves j'ai des chaussettes trouées La vulve pneumatique des narines frémit Le cubilot du fourneau de la bouche va verser ses aciers Ici commence le chant et les pierres levées les totems et les autels D'une prière lancée des promontoires et des falaises que l'ouragan tranquille du ciel festonne d'écumes et de lumières sibyllines Rongeant les blocs de sel gemme des noms d'ancêtres de plus en plus anonymes car ils sont morts et ont chanté leur partie d'une rive à l'autre des abîmes sans réponse dans l'interminable procession et c'est comme une craie qui casse clatit et s'écrase contre un tableau d'école où l'on écrit pour les petits qui recopient dans les cahiers "La mort seule et sans aide extérieure a moins tué que les hommes"...
Cinquième extrait
Immense ! Immense la mer Et que sait le peuple des nageoires et des coraux de l'empire élastique de ses grossesses Immenses ! Immenses les cieux Et que sait le peuple des ailes qui rampe sur l'horizon de la grandeur des gravières de nos galaxies Immense ! Immense le faste pharaonique des orgasmes Mais que sait le peuple des caresses des laves utérines et des scories qui font bouillir la pierre et fumer les océansImmense ! Immense l'amour Et que sait-on de la composition immatérielle ou non de l'ange qui entoure et protège nos fragiles émois comme la coquille de l'œuf "l'âme tient la géométrie pour une dégradation" Ô vous belles-de-nuits sur les murets en ruines des crépuscules laissez dormir le vieux lézard de la lune qu'il mue tranquille comme le livre laissé ouvert sur un rêve
Quatrième extrait
Ainsi sur les cartes les géographes emplissent-ils les blancs avec des images Et sur les collines inhabitables ils placent des éléphants imaginaires Cependant rien d'inutile et la mort dont vous êtes le compost offre aux racines du verbe la gangue cryptogamique de son compost de planètes et de ténèbres Tout regard change ce qu'il observe : Orphée se retournant sur Eurydice n'a rien perdu Déjà c'était une autre mais comme elle il nous faudra mourir pour comprendre cela
La musique remplit l'absence laissée par le désir Nécessité du poème car d'abord il est nécessiteux mais le chant vient de plus loin L'énergie noire du poème se nourrit comme grossit la pulpe d'un fruit dont la peau n'a pas de limites Ici commencent le chant et les bruissements en berne Du chant des oriflammes de la misère d'aimer et d'être aimé flottant parmi les bannières banales soumises aux suzerains de nos sens et battant comme au mat de cocagne d'une fête foraine Saisissement de la réalité comme d'une truite pêchée à la mouche dans le cours d'un torrent
Troisième extrait
"Ainsi de l'élasticité à l'esprit des paroles et de poésie" Mystère ! qui disparaît dès qu'on s'éloigne de la matière mais qui demeure comme la sève en hiver Ici commencent le chant et les secrets du chant forés par les trépans du souffle dans la poitrine trop étroite où dorment millénaires les lourds hydrocarbures des forêts englouties de la clameur L'âme au sommet des derricks des puits et des plateformes en mer
où s'épuisent dans le vide la torche bruyante et dévorante de l'être comme ces courtes allumettes frottées dans les grottes du cosmos affole les lucioles si peu matérielles de la substance la double nature si incertaine de la matière et l'éclat métronomique des quasars de l'amour La parole matelassée de camisoles et de corsets jamais ne servira notre effort nous n'aurons pas besoin de mentir les mots le feront pour nous.
Deuxième extrait
Dans le compartiment fumeur du passé Ulysse regarde la pluie griffer la vitre où est écrit "Il est dangereux de se pencher" Dehors des milliards de mondes foncent sur des rails invisibles Allongé sur sa couchette Ulysse écoute le long bercement de leurs boggies Comme la mer jadis contre la coque de son bateau Et la matière fait entendre un bruit d'armature qui travaille et craque avec les vents dans lesquels elle taille un trou Dehors la lune disparaît dans une sorte de noli me tangere On passe devant des gares rendues illisibles par la vitesse Comme ces pages du dictionnaire qu'on feuillette pour un seul mot Ulysse pense à l'épure à l'empenne des perspectives à la planche du trait à la beauté que l'homme supporte si peu que presqu'aussitôt il devient un rebelle puis il songe au ventre de la femme avec à gauche une lèvre pour l'aurore avec à droite une lèvre pour la tombée du jour et un passage où la durée suit un cours inconnu Alors du haut des remparts des tours de garde de sa peau il fait brûler de grands signaux de feu qui remplissent en silence le ciel( à suivre ... )
Premier extrait
Poème Comme à poignées les traces de particules dans les grands accélérateurs de la paroles L'esprit pareil à ces plages que la marée dénude et abandonne aux varechs A son odeur obsédante de sexe et de grand large où naviguer Le corps dans la poussée des vagues et de l'écume Pour se mêler aux terres promises depuis les encens incertains de la brume Tandis que l'aube roule un mégot qu'elle rallumera au tison pâle du soleil Car pris au jeu de retrouver le jour nous tournons dans la porte tambour du grand hôtel de l'espace Tant qu'une mort centrifuge ne nous expulse pas comme le plumet éparpillé des pissenlits De l'ombre ! De l'ombre si on veut voir quelque chose de la lumière et qui se cache dans la lumière comme la nuit en nous et s'il n'y a rien qu'importe nous aurons été tout entier dans la puissance de ce rien
***
Autre inédit, en prose, "Millenium" en Penser autrement
***
A propos de la Toilette du Mort par jlmi
***
***
Caerulea,
1967
Radoub,
1967
À
Cogne-mots, 1968
Haute
tension, 1969
Temps
festif, 1970
Silenciaire,
1971
Moments
dièses, 1972
Le
cercle inquiet, 1973
Groupes
de résonances, 1973
Protocole
d’une rencontre, 1975
33
scarifications riruelles de l’air, 1976
Maîtres
et maisons de thé, 1979
Le
Déplacement du fou, 1982
Paysage
avec homme nu dans la neige, 1982
Géographies
et mobiliers, 1985
Quoique
mon cœur en gronde, 1985
Komboloï,
suivi de Chànd-Màlà, 1985
Stilb,
1986
Noces
noires, 1987
L’Arche
et la cloche, 1988
Un
Goût de champignon après la pluie, 1988
Talkie
Walkie Angel, 1988
Cantus
obscurius, 1989
Entrée
en matière, 1990
Architecture
nuit, 1992
Volti
subito, 1992
La
nuit sera blanche ou noire, 1992
Grand
beau, 1992
Le
nom imprononçable du suave, 1993
Quinines
suivi de Grammaire du désordre, 1993
La
nuit du basilic, 1993
L’Écume
de mer est souterraine, 1993
Errénité,
1994
Anvers
ou les anges pervers, 1994
Tirage
de têtes, 1995
Journal
d’un athée provisoire, 1996
Chronique
d’un promeneur assis, 1997
La
Magdeleine de Cahors, 1997
Étés
(avec Henry
Bauchau), 1997
Pays
simple, 1998
Petits
rituels sacrilèges, 1998
D’un
bol comme image du monde, 1999
L’horloge
de Linné, 1999
12
poèmes ventriloques, 1998
La
Légende du poème, 1998
Ecrits
sur une écaille de carpe, 1999
Singuliers
regards, 2000
Dites
trente-trois, c’est un poème, 2000
Je
me noie, 2001
Pour
apprendre la paix à nos enfants (avec Léo Beeckman), 2001
Ecce
homo (jeu-parti) (avec Otto
Ganz), 2002
Puits,
cachettes et passages, 2002
Carnets
respiratoires, 2004
Journal
par-dessus bord, 2004
Echangerais
nuits blanches contre soleil même timide, 2004
L’éternité
est un battement de cils (anthologie personnelle), 2004
Rubis
sur l’ongle, 2005
L’érosion
du silence, 2005
L’Invention
du passé (1971-1977), 2005
Uluru,
2005
Coimbra
ou l’antiphonaire d’Orphée, 2005
Les
gratte-ciels de Bruxelles, 2006
Achill
Island note book,
2006
Parfums
d’apocalypse, 2006
La
Toilette du mort suivi de Ezra Loomis Pound, 2006
Impromptu
de la piscine des amiraux, 2008
Corridors secrets, 2008
Comme
base de ce "survol", la bibliographie exhaustive de Werner Lambersy
établie par Daniel De Bruycker que je remercie
***