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Werner Lambersy

photo Jean-Pol  Stercq                                                                                                 ©2009

 

 

Un bien vieux rêve...

Uluru ! 

 

***

 

Viennent de paraître

 

 

Comme un peu ‘’de la peau de l’âme’’…

 

Quelques recueils comme autant d’écueils

Quelques lecteurs comme autant d’amers sur des côtes inconnues

Quelques amis comme autant de miracles…

 

Né à Anvers le 16 novembre 1941, scorpion donc qui craint autant la pleine lune que le plein soleil. Les titres de ses publications résument à eux seuls les strates de son parcours.

*** 

"Dernières nouvelles d'Ulysse"

extraits inédits 

 

Ultime extrait

 

... "La mort seule 
et sans aide extérieure 
a moins tué que les hommes"
 
car ils bâfrent et font bouffer de la mort
plus que la vie n'en a besoin
 
Ils jouent dieu pile ou face
en soufflant les bougies
du gâteau des morts
 
massacrent
sacrifient et font souffrir
au-delà d'innombrables 
angoisses
 
construisent leurs maisons 
avec la caillasse 
ayant servi aux lapidations
 
et boivent 
des alcools maternels 
dont ils revêtent les masques 
innommables
 
Mais la Mer morte de l'oubli
les force à flotter
malgré eux
 
qui veulent tant s'y enfoncer
 
L'encombrant 
violoncelle du remords 
ils le traînent partout payant
 
double tarif
dans les transports publics
 
et double travail
pour l'accorder le soir
avant le concert du sommeil
 
Ils pleurent et regrettent
d'avoir nié leurs enfants
en niant leurs assassins
 
qui nous avaient balancés
comme à des chiens 
de meute
 
...
 
A contempler l'univers
où l'on vit
peut-être attrape-t-on
"la peau de l'âme"
 
 
***

 

Sixième extrait 

Toi seule ô mon aimée 
tu sais 
que dans mes chaussures 
neuves 
j'ai des chaussettes trouées 
 
La vulve 
pneumatique des narines 
frémit
 
Le cubilot 
du fourneau de la bouche 
va verser ses aciers
 
Ici commence le chant 
et les pierres 
levées
 
les totems et les autels
 
D'une prière 
lancée des promontoires 
et des falaises 
que l'ouragan tranquille 
du ciel festonne 
d'écumes 
et de lumières sibyllines
 
Rongeant les blocs de sel 
gemme des noms 
d'ancêtres 
de plus en plus anonymes
 
car ils sont morts 
et ont chanté leur partie 
d'une rive à l'autre
 
des abîmes sans réponse 
dans l'interminable 
procession
 
et c'est comme une craie 
qui casse clatit 
et s'écrase
 
contre un tableau d'école 
où l'on écrit 
pour les petits qui recopient 
dans les cahiers
 
"La mort seule 
et sans aide extérieure 
a moins tué que les hommes"...

Cinquième extrait

Immense !
Immense la mer
Et que sait le peuple
des nageoires et des coraux
 
de l'empire
élastique de ses grossesses
 
Immenses !
Immenses les cieux
Et que sait le peuple des ailes
qui rampe sur l'horizon
 
de la grandeur des gravières 
de nos galaxies
 
Immense !
Immense le faste pharaonique
des orgasmes
Mais que sait le peuple 
des caresses
 
des laves utérines et des scories
qui font bouillir la pierre 
et fumer les océans
Immense !
Immense l'amour
Et que sait-on de la composition 
immatérielle ou non
 
de l'ange qui entoure et protège
nos fragiles émois
comme la coquille de l'œuf
 
"l'âme tient la géométrie 
pour une dégradation"
 
Ô vous belles-de-nuits
sur les murets 
en ruines des crépuscules
 
laissez dormir le vieux lézard
de la lune
 
qu'il mue tranquille
comme le livre laissé ouvert
sur un rêve
 

Quatrième extrait

 

Ainsi sur les cartes 
les géographes emplissent-ils 
les blancs avec des images
 
Et sur les collines inhabitables 
ils placent des éléphants 
imaginaires
 
Cependant rien d'inutile 
et la mort 
dont vous êtes le compost 
offre aux racines 
du verbe 
la gangue cryptogamique 
de son compost 
de planètes et de ténèbres
 
Tout regard change 
ce qu'il observe : Orphée 
se retournant sur Eurydice 
n'a rien perdu
 
Déjà c'était une autre mais 
comme elle 
il nous faudra mourir pour 
comprendre cela
La musique remplit l'absence 
laissée par le désir
 
Nécessité du poème 
car d'abord il est nécessiteux 
mais le chant vient de plus loin
 
L'énergie noire 
du poème se nourrit 
comme grossit 
la pulpe d'un fruit dont la peau 
n'a pas de limites
 
Ici commencent le chant 
et les bruissements 
en berne
 
Du chant 
des oriflammes de la misère 
d'aimer et d'être aimé
 
flottant parmi les bannières 
banales 
soumises aux suzerains 
de nos sens
 
et battant 
comme au mat de cocagne 
d'une fête foraine
 
Saisissement de la réalité 
comme d'une truite 
pêchée à la mouche 
dans le cours d'un torrent

 

Troisième extrait

 

"Ainsi de l'élasticité à l'esprit 
des paroles et de poésie"
 
Mystère !
qui disparaît dès qu'on s'éloigne
de la matière
mais qui demeure comme la sève 
en hiver
 
Ici commencent le chant
et les secrets 
du chant
 
forés par les trépans du souffle
dans la poitrine
trop étroite
 
où dorment millénaires les lourds
hydrocarbures
des forêts englouties de la clameur
 
L'âme
au sommet des derricks
des puits et des plateformes
en mer
 
où s'épuisent dans le vide
la torche
bruyante et dévorante de l'être
 
comme ces courtes allumettes
frottées dans les grottes
du cosmos
 
affole
les lucioles si peu matérielles
de la substance
la double nature si incertaine
de la matière
et l'éclat
métronomique des quasars
de l'amour
 
La parole
matelassée de camisoles
et de corsets
 
jamais ne servira notre effort
nous n'aurons pas besoin
de mentir
les mots le feront pour nous.

 

Deuxième extrait

 

Dans le compartiment fumeur
du passé
Ulysse regarde
la pluie griffer la vitre
où est écrit
"Il est dangereux de se pencher"
 
Dehors
des milliards de mondes
foncent sur des rails invisibles
 
Allongé sur sa couchette
Ulysse écoute le long bercement
de leurs boggies
 
Comme la mer jadis
contre la coque de son bateau
 
Et la matière fait entendre
un bruit d'armature qui travaille
 
et craque
avec les vents dans lesquels elle
taille un trou
 
Dehors
la lune disparaît dans une sorte
de noli me tangere
 
On passe 
devant des gares
rendues illisibles par la vitesse
 
Comme ces pages
du dictionnaire qu'on feuillette
pour un seul mot
 
Ulysse pense à l'épure
à l'empenne des perspectives
à la planche du trait
 
à la beauté
que l'homme supporte si peu
que presqu'aussitôt il devient
un rebelle
 
puis
il songe au ventre de la femme
 
avec à gauche
une lèvre pour l'aurore
avec à droite
une lèvre pour la tombée
du jour
 
et un passage
où la durée suit un cours inconnu
 
Alors du haut des remparts
des tours de garde
de sa peau
 
il fait brûler
de grands signaux de feu
qui remplissent en silence le ciel

( à suivre ... )

Premier extrait

Poème
 
Comme à poignées les traces
de particules
dans les grands accélérateurs 
de la paroles
 
L'esprit pareil à ces plages
que la marée dénude
et abandonne aux varechs
 
A son odeur 
obsédante de sexe
et de grand large où naviguer
 
Le corps 
dans la poussée 
des vagues et de l'écume
 
Pour se mêler 
aux terres promises 
depuis les encens incertains 
de la brume
 
Tandis que l'aube roule 
un mégot qu'elle rallumera 
au tison pâle du soleil
 
 
Car pris au jeu de retrouver 
le jour 
nous tournons dans la porte 
tambour 
du grand hôtel de l'espace
 
Tant qu'une mort centrifuge 
ne nous expulse pas 
comme le plumet éparpillé 
des pissenlits
 
De l'ombre ! 
De l'ombre si on veut voir 
quelque chose de la lumière
 
et qui se cache dans la lumière 
comme la nuit en nous
 
et s'il n'y a rien qu'importe 
nous aurons été tout entier 
dans la puissance de ce rien
 

 

***

 

Autre inédit, en prose, "Millenium" en Penser autrement

***

A propos de la Toilette du Mort par jlmi

***

 

 

***

Survol bibliographique

 

Caerulea, 1967

Radoub, 1967

À Cogne-mots, 1968

Haute tension, 1969

Temps festif, 1970

Silenciaire, 1971

Moments dièses, 1972

Le cercle inquiet, 1973

Groupes de résonances, 1973

Protocole d’une rencontre, 1975

33 scarifications riruelles de l’air, 1976

Maîtres et maisons de thé, 1979

Le Déplacement du fou, 1982

Paysage avec homme nu dans la neige, 1982

Géographies et mobiliers, 1985

Quoique mon cœur en gronde, 1985

Komboloï, suivi de Chànd-Màlà, 1985

Stilb, 1986

Noces noires, 1987

L’Arche et la cloche, 1988         

Un Goût de champignon après la pluie, 1988

Talkie Walkie Angel, 1988

Cantus obscurius, 1989

Entrée en matière, 1990

Architecture nuit, 1992

Volti subito, 1992

La nuit sera blanche ou noire, 1992

Grand beau, 1992

Le nom imprononçable du suave, 1993

Quinines suivi de Grammaire du désordre, 1993

La nuit du basilic, 1993

L’Écume de mer est souterraine, 1993

Errénité, 1994

Anvers ou les anges pervers, 1994

Tirage de têtes, 1995

Journal d’un athée provisoire, 1996

Chronique d’un promeneur assis, 1997

La Magdeleine de Cahors, 1997

Étés (avec Henry Bauchau), 1997

Pays simple, 1998

Petits rituels sacrilèges, 1998

D’un bol comme image du monde, 1999

L’horloge de Linné, 1999

12 poèmes ventriloques, 1998

La Légende du poème, 1998

Ecrits sur une écaille de carpe, 1999

Singuliers regards, 2000

Dites trente-trois, c’est un poème, 2000

Je me noie, 2001

Pour apprendre la paix à nos enfants (avec Léo Beeckman), 2001

Ecce homo (jeu-parti) (avec Otto Ganz), 2002

Puits, cachettes et passages, 2002

Carnets respiratoires, 2004

Journal par-dessus bord, 2004

Echangerais nuits blanches contre soleil même timide, 2004

L’éternité est un battement de cils (anthologie personnelle), 2004

Rubis sur l’ongle, 2005

L’érosion du silence, 2005

L’Invention du passé (1971-1977), 2005

Uluru, 2005

Coimbra ou l’antiphonaire d’Orphée, 2005

Les gratte-ciels de Bruxelles, 2006

Achill Island note book, 2006

Parfums d’apocalypse, 2006

La Toilette du mort suivi de Ezra Loomis Pound, 2006

Impromptu de la piscine des amiraux, 2008

Corridors secrets, 2008

Comme base de ce "survol", la bibliographie exhaustive de Werner Lambersy établie par Daniel De Bruycker que je remercie

 ***