Le poème de la vie ...

 

 

Le poème de la vie a sur tous les autres poèmes
l’avantage d’être écrit, pour ainsi dire, en
capitales, quel que puisse être son contenu.
Autour du plus modeste apprenti travaillant dans
une firme d’importance internationale, c’est le
monde tout entier qui tourne, des continents
lorgnent par-dessus son épaule, au point que
rien de ce qu’il fait ne demeure sans
signification. Tandis que ce qui tourne autour
de l’écrivain solitaire dans sa chambre, quelque
mal qu’il se donne, c’est tout au plus un essaim
de mouches. Cette découverte est si éclairante
que pour beaucoup d’hommes, dès l’instant qu’ils
commencent à travailler sur la matière vivante,
tout ce qui les a émus auparavant semble n’être
plus que « pure littérature », c’est-à-dire
n’exercer plus, au mieux, qu’une action minime,
confuse, le plus souvent contradictoire au point
de s’abolir elle-même, sans proportion avec le
bruit que l’on fait autour d’elle.
 
 
Voici l'élégant Musil, "L'homme sans qualité"
est presque prophétique, mais il est bien trop
intelligent pour jouer à ce genre de choses.
 

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