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Patrick Navaï

 

 

 

 

  Prose

 

  Vers 

    Durant des jours & des nuits

    Le bateau des regrets

    Aujourd'hui les poissons

    J'ai frappé à la porte de trois calligraphes

       Sors ta flûte

      ...à la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration

      La Belle Endormie

      Au Musée Singer Polignac

 

  Graphismes

      Tableau 7

 

  Biographie

  Bibliographie

 

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Prose

 

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Vers

Durant des jours et des nuits
je me suis penché sur le cœur des gens
comme on se penche par la fenêtre
pour mieux saisir ce qui se trame
j’y ai vu des mouches
prisonnières dans des blocs d’ambre
des musées d’horreurs pourpres et venimeuses
des membranes odorantes tapissées de pollen fauve
des silphes affairés à leurs tâches mortuaires
des marais salants engloutis dans une brume épaisse
des ventricules diaphanes semblables à des méduses
échouées sur le sable aux marées d’équinoxe
des miroirs reflétant mes prunelles dilatées
 
Puis dans un élan éperdu
j’ai écrit les cœurs apostrophés

 

Le bateau des regrets a rompu ses amarres
j’étais là encore muet devant les cris naissants
de l’aube écorchée
et je guettais la détente du lièvre
au ventre fauve la gorge nouée et la langue sèche
c’est alors que passa Simorgh* dans le ciel en criant
il faut faire la moisson des cœurs
et reformer les éléments du puzzle
éclaté dans l’univers  
 
 
Simorgh
*oiseau mythique évoqué dans l’épopée du poète persan Ferdûsi  
 

 

Aujourd’hui
Les poissons ne respirent plus
Ils suffoquent et perdent leurs écailles
Leurs ouïes ne captent plus les sons marins
Ils ne dessinent plus leurs aventures d’écume
Avec leurs nageoires
Et leurs bouches démesurées
Chantent sans fin
Les abysses humaines
 
 
 

 

J’ai frappé à la porte de trois calligraphes

à Shi Bo
à Hassan Massoudy
à Abdollah Kiaïe

 

J’ai frappé à la porte de trois calligraphes
L’un était chinois
L’autre irakien
Le dernier persan
Chacun muni de son calame
M’a montré humblement
Avec ses courbes sur le papier
Un chemin à parcourir
Tous ont su m’embrasser de leur regard
Le Chinois m’a conduit en haut d’une montagne
L’Irakien m’a indiqué d’où je venais
Seul le Persan m’a dit : « j’ai connu ton père »
 
Depuis le sang de leur calame coule dans mes veines
Depuis leur souffle vivifie le mien
 
 
 
 
Sors ta flûte de l’oubli où elle croupit
pour que tes artères à nouveau sillonnent l’espace
joue le son rituel de ton existence
veinée et parsemée de milliers de cris
exhume tes airs des geysers de la flûte
et ne t’inquiète pas des dissonances amères
ni des piqûres du bec sur la peau de tes lèvres
joue jusqu’à en perdre le souffle
 
 
à la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration
 
Je me suis rendu avec toi
à la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration
en vain j’ai cherché
le visage de mon père Houcheng
la voix de mon oncle Mortéza
dans les salles interminables du musée
 
Je n’ai pas osé demander en sortant au gardien
si certains poissons de l’aquarium
situé en dessous de l’exposition
avaient une origine persane
 
Dans le train du retour
tu m’as rassuré en me confiant
que nul établissement
ne pouvait enfermer les gens qu’on aime
 
 
La Belle Endormie
 
Hier après-midi en plein Paris
Alors que tout le monde s’adonnait à la sieste
Un vol incroyable a été commis à Notre-Dame
Par plusieurs individus
Qui ont dérobé dans la grande nef
La statue de la Belle Endormie
Ces individus étant des mariniers chevronnés
D’après les premiers éléments de l’enquête
Ont transporté le corps dénudé de ce chef d’œuvre antique
Sur une péniche arrimée au quai Saint Michel
 

 
Plusieurs passants témoins de la scène
Ont tenté en vain de stopper l’étrange convoi maritime
Qui remontait la Seine
 
Le célèbre critique d’art Maret de La Tage
Joint par téléphone
Nous a précisé que cette statue haute de cinq mètres
Et pesant plusieurs tonnes
Sera difficile à écouler sur le marché
 
 
Au Musée Singer Polignac
 
 
Ici pas d’école
Pas de maîtres imbus
Y habite l’art des indomptés
L’art des innocents
Les voilà les sans-titres
Délivrés de la pudeur des bien pensants
Les voilà qui affolent ces messieurs des Beaux-Arts
Avec le sang de leur palette et leur mine de plomb
Les voilà qui enlèvent le vernis
Le poli
Et les masques des cruels
Qui  font tourner le monde
et ses manèges à l’envers
Les voilà les privés de raison
Les buveurs d’embruns
Qui créent chaque soir de grands carnavals
Sur les places des villes
Sur les ports
Où les attendent des navires pleins de coquelicots
Prêts à partir

 

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Graphismes

 

 

Tableau 7

 

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Biographie

 

Naissance à Paris de Patrick Navaï en 1955 saluée par les cris de joie de sa sœur Parvaneh, sous les regards étonnés d’une mère bretonne et d’un père iranien. Retour en région parisienne à Sarcelles où il va passer une jeunesse orageuse. Y suit l’école de la rue où il apprend les devoirs de l’amitié et le sens de la solidarité en parallèle avec la scolarité. Pratique assidûment l’école buissonnière  durant laquelle il découvre à la bibliothèque les poèmes, parmi d’autres, de Charles Dobzynski  et de Lionel Ray, auteurs qu’il publiera plus tard dans Migraphonies, revue des littératures et musiques du monde. Malgré les conseils de discipline, les exclusions et les fugues, il obtient son baccalauréat. C’est aussi à cette époque qu’on le voit battre frénétiquement le pavé parisien en criant : « les frontières, on s’en fout ! » et qu’on l’entend plaquer d’étranges accords au piano dans des lieux de perdition. Puis il voyage en Iran, terre des mages, ainsi qu’en Turquie, en Grèce et au Maroc, pays qui ne cessent de l’embrasser. Travaille ensuite en bas de l’échelle sociale chez divers éditeurs ( première publication en 1979 : les Figures du tourment )

Période intense d’écriture et de peinture durant laquelle un prix de la Ville de Paris ( 1980 ) lui est décerné pour un œuvre graphique intitulée Apocalypse. 

Fuyant le monde des galeries et des salons, il se réfugie dans un village du Tarn et Garonne. Revient un an plus tard en Seine Saint Denis où il exerce le métier d’instituteur.

Émerveillé par Max Ernst et Jacques Prévert, c’est le temps où il se livre avec ardeur aux collages et fait la rencontre d’Aube Ellouët, la fille d’André Breton. Il suit, en dent de scie, une formation de bibliothécaire à l’Université et travaille en nuit dans le monde de l’entreprise.

Nombreux articles culturels dans le journal Jourpost sur le Facteur Cheval, Gaston Bachelard etc, il est également membre de jury des Prix Wepler et Missives…

En 2001, c’est la création de la revue Migraphonies ( actuellement en sommeil, celle-ci attend un printemps assez clément pour rebattre des ailes ) dont le premier éditorial disait : « cette revue se propose de mettre en lumière la contribution des apports étrangers à ce que nous appelons « la culture française » et réciproquement, mais aussi celle de « l’étrange » , comme l’art brut où se sont illustrés Facteur Cheval, Raymond Isidore ( Picassiette ) et bien d’autres . Car sans ses affluents venus d’ailleurs, le plus vigoureux des fleuves se tarirait bien vite.  

 

     

Cette revue enfin veut faire résonner une voix contre la xénophobie. Une voix pour rappeler que l’être humain a toujours migré et migrera toujours ( que ceux qui en doutent consultent un atlas des migrations planétaires ! ) et que les forteresses érigées de tout temps par les états s’avèrent vaines et criminelles face aux désirs d’échange de l’humanité sur les chemins de l’harmonie.

Migraphonies sera donc le lieu de rencontre de toutes ces voix étranges et étrangères qui voyagent vers nous et nous aident à trouver notre propre voix/e. Rencontrer l’autre n’est-ce pas rencontrer une partie de nous-même inconnue ? »

Il œuvre les années suivantes pour un orchestre symphonique et choral en tant que régisseur. Nombreux concerts de musique classique dans les églises de Paris et de banlieue.

Puis il devient « l’homme qui a définitivement perdu le sommeil ».

En 2007 il fait la connaissance d’Isabelle Le Gouïc et de François Tortosa au Musée Singer-Polignac.

 

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Bibliographie

Recueils de poèmes
 
L’Echo des dits,  Editions L’Harmattan
 
Les Cœurs apostrophés,  Editions Chloé des Lys
 
Shams le musicien,  Editions l’Harmattan
 
 

    

 
Nouvelles
 
Estelle,  Inédits et  Martobre
 
Le Mérou et les piranhas, Diérèse
 
Les Yeux bleutés de Nérémie, les Cahiers des Diables Bleus, Collection Les Petits Cahiers
 
 
Ouvrages collectifs
 
Mille et un poèmes pour l’Afghanistan - Caravane de la paix,  Edition Open Asia avec le soutien de l’Unesco (scénario et adaptation pour la scène : Nicole Barrière, Guissou Jahangiri, Hafiz Karmali, Patrick Navaï et Latif Pedram)
 
Préface et textes de chansons pour La Méthode bleue, ouvrage musical de Danielle Rossetti et Philippe d’Arco
 
Musiciens d’Iran, Editions Migraphonies,
avec Hassan Tabar, Behkameh Izadpanah,, Djamshid Chémirani, Hermineh Yerissians, Athar Torabi, Ammeneh Youssefzadeh, Mortéza Navaï
 
 
 
Publications dans les revues
 
Inédits, Martobre, Encres vagabondes, l’Arbre, Jointure, Les Pays des Mille et Une nuits, Diérèse, Poezia, Diaphonie, Missives, Les Cahiers des diables bleus.

 

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