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Gaëlle Josse

 

Vers & Prose
      

Metropolis song IV

Metropolis song III

  Metropolis song II

  Metropolis song I

Ce qu'on entend parfois

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...oscillations...  trois extraits

Sysiphe's blues  

Tambours frappés à mains nues

 

 Graphisme
 
 
encre sur papier 2008
 
 
Bio
 
 
 
Biblio

 

***

Vers & Prose

 

metropolis song
 
 
Quel visage
Surgi du fond des nôtres
Ancré dans l’argile
S’offre à l’horizon ?
 
Andrée Chedid
(Epreuve du visage, in Epreuves du vivant)
 
 
Ô transhumantes cohortes de quels alpages descendues en sacs écharpes paquets barda contre soi serré l'œil au vague rêveur -pas même- paupière lourde et la tête qui dégringole abandon vite repris  on croise des mots des chiffres réduire ce temps qu'on dit contraint c'est poli -on s'y emmerde oui- sauf à lire ou déchiffrer les visages du soir lassés de la journée écouter quelque chose un fado une chanteuse andalouse airs promenés en toute grisaille et voir tomber la nuit bleue -dure pas longtemps le bleu mais quelques instants un ciel d'Italie-
 
Conversations assourdies une stridulante sonnerie réveille le monde on feuillette les journaux et la vie des autres le corps des autres les amours des autres leurs secrets pauvres mises en scène confidences éventées ces magazinières idoles qui s'immolent sur pages glacées & tendances de la saison Bien intéressée la dame en manteau rouge soyez glamour soyez en forme soyez au top restez mince après 82 ans mourrez en beauté fadaises dans l'entonnoir du temps indigestes abondances oui indigestes vraiment 

 

 
''flou métropolitain'' ill. jlmi
Je suis dans le train et toi ? et il dit sa vie le cours des choses à lui chacun s'en fiche toujours plus lourdes les paupières sur le journal du jour et les vieilles nouvelles les murs des gares de passage fleuris tagués et lettres blanches sur fond bleu ça va trop vite pour lire de toute façon on n'a pas l'intention d'y aller vivre
Le bleu a fini son heure sans raison on ralentit stoppé en pleine voie pizzas à emporter livraison gratuite à domicile et au bureau on n'en demande pas tant une buée froide dégoulineuse a envahi la vitre et adieu les pizzas à emporter soupirs regards lassés espoir le train repart vers les foyers meulières étroites & closes tu as passé une bonne journée ?
 
Ces instants de vérité qui nous échappent Ce qui parle de nous est insaisissable
 
Ecouteuse, voleuse ? comment dit-on pour les voix ? toutes celles qui passent à portée d'oreilles toutes les voix errantes voix dérivantes voix suspendues accrochées en l'air elles sont pour moi c'est ainsi je n'y peux rien elles se croisent se télescopent traversent chahutent je dois avoir un endroit spécial pour les accueillir les garder au chaud
Parfois elles se mettent à parler entre elles sacré bazar dans ma tête ce flot ce flux ces rivages aperçus je leur dis d'arrêter mais elles ne m'écoutent pas j'ai tout essayé pour les ranger dans des boîtes des cartons des caisses sur des étagères rien à faire je ne peux pas leur donner tort après tout une voix c'est fait pour se faire entendre & je m'invite comme ça au bord des vies
Souvent je ne sais plus si c'est dans ma tête ou ailleurs qu'on parle je confonds c'est bien le problème je me suis habituée à vivre avec ces fréquences un peu brouillées éclats de vie en confluences intersections croisements elles prennent leurs aises s'interrompent & s'en retournent sautiller de plus belle
 
Au matin c'est dans l'autre sens que l'on va toujours paisible troupeau et nous dedans guettant l'arrivée deux yeux jaunes dans les lointains jour de chance un train à l'heure pour certains lassitude matinale déjà & d'autres prêts à en découdre avec le jour qui vient
Il fait nuit encore et les oiseaux chantent dans le noir une dame dit ça annonce le printemps c'est bon pour le moral bientôt les beaux jours & déjeuner au jardin on en est loin pourtant les pieds glacés dans les bottes on se voudrait bien en robe fleurie légère douces épaules nues
 
Chacun avec son baluchon à grimper dans le wagon matériel de survie pour la journée toujours plus grands les sacs des dames plus lourds pleins secrets en tous genres la vie bien emballée et on y va   
 
''flou métropolitain'' ill. jlmi
 
Dedans lumières blanches et c'est déjà rempli salle de transit salle d'attente pardon/merci on se tasse on se frôle oh rien d'excitant après le café comme ça on voudrait juste s'asseoir sortir un livre et là partir en haute mer dans la marée du matin /deux grands blacks à capuches assis derrière avec des histoires compliquées vraiment compliquées & ils en rient
 
Et vous allez où pour les vacances ? nous on reprend la location de l'an dernier c'était très bien et pas loin des commerces ô voix dans leurs éclats dispersées et toutes ces vies côte à côte mélangées/
Il dit que sa mère ne va pas très bien par moments elle perd la mémoire son père dit que ce n'est pas grave il ne veut pas voir ils habitent loin pour la fête des mères il va essayer d'y descendre sa voisine écoute hoche la tête se tait et si un jour ma mémoire aussi se mettait à trembler à fondre comme gruyère à trous ne plus reconnaître personne et ne pas le savoir ?  

 

 
 
II
 

Nos vérités aux  contours hésitants Elles nous attendent avec patience

 

Le jour a blanchi rideau levé la journée a commencé on ferme les sacs les manteaux on se lève politesses sommaires pardon -bien pressée celle-là- deux jeunes filles se parlent à l’oreille leurs boucles un instant emmêlées pouffent de rire on ne saura jamais l’une remet du rouge à lèvres carmin brillant sur sa peau mate et l’œil noir ça lui va bien/

 

St Lazare ralentissement terminus extraction la cohorte saute à quai monstrueux abordage la file noire s’allonge vomie des wagons il faut y aller personne ne rigole vraiment

Ah si cette fille-là mais c’est différent elle parle à son téléphone & le jour lui est léger que chacun sache ici sur terre ce soir pour lui elle se fera la plus belle possible belle à mourir insouciante amoureuse bavarde ailée elle n’est plus ici elle court sur un fil bouquet dans une main ombrelle dans l’autre et rit pressée d’atteindre vite la rive du soir & n’être que belle

 

Vivre à la croisée de tous les silences J’ai bu l’eau de fontaines éblouies

 

La cohorte a rompu son ordre de marche au bout du quai chacun a repris sa liberté aller à droite/à gauche/en face éviter les corps qui courent à contre-sens à contre-jour à contre-tout la vie c’est par là suivez les flèches les ordinateurs les rendez-vous attendent café court long sucré non sucré ?

 

''flou métropolitain'' ill. jlmi

Ces invisibles accomplissements de nous seuls perceptibles

 

Entre le marchand de journaux best sellers boissons fraîches barres chocolatées cartes téléphoniques et le poste de police il faut plonger sous sol sous terre ligne 13 traversée nord sud couloirs

Les mêmes mendiants tous les jours sacs crevés couvertures en loques entassées petits chiens dans un panier -ayez pitié oh ayez pitié messieurs dames-

 

Quelque chose à accomplir quelque chose à recevoir

 

''flou métropolitain'' ill. jlmi

Couloirs couloirs descendre encore toujours éviter les corps qui courent papillons échappés d’une boite renversée ça sent le métro une odeur qu’on ne décrit pas ça sent le métro c’est tout le chaud de tout le monde bien collé bien patient -laissez descendre avant de monter- il y a en qui n’ont toujours pas compris les touristes les provinciaux les vraiment lourds signal sonore -écartez vous des portes- le petit lapin dessiné vous conseille d’enlever les doigts pourquoi un lapin jamais compris l’idée d’un clapier peut-être

Ce rire qui transperce le toit du wagon elle ne sait plus s’arrêter couvre son visage de ses mains essuie une larme rit encore son compagnon ne sait pas s’il faut rire/la faire taire Il regarde autour de lui et descendent enlacés j’aimerais encore savoir rire comme elle dans des yeux miroir d’une rencontre

Ce matin, elle est blonde Dans le secret de sa salle de bain, elle s’est inventé un autre elle-même une autre façon de vivre le monde Une éclaircie de tout son être Une légèreté qu’elle se découvre Sur le quai, elle interroge les regards d’allégresse elle se sourit

Il porte une casquette de marin pêcheur et une veste marron monte dans le wagon avec un sac de voyage très lourd il souffle et cherche des yeux un siège libre cale le sac entre ses jambes et parle tout seul il dit que c’est très long comme voyage

 

Des mains engourdies par la traversée des temps Le bleu des veines y a pris toute la place.

 

Elle parle des cerises de son jardin, du rouge comme couleur et des oiseaux Elle n’est pas ici dans la confusion des voix  dans le brouhaha des annonces sonores Ses compagnons de voyage l’écoutent peu Elle parle des cerises de son jardin nul ne peut l’interrompre

 

De dos les cheveux aux reins Noirs Silhouette d’adolescente Elle se retourne son visage a mille ans

 

Il parle de son week-end Il avait les enfants Il n’a pas fait beau a dû annuler la sortie prévue trouve que les enfants passent beaucoup de temps sur l’ordinateur. Ils ont demandé de nouveaux vêtements leur acheté ce qu’ils voulaient Finalement, ça a été un bon week-end

 

''flou métropolitain'' ill. jlmi

 

 

 

III

 

Un air qui s’enroule autour de l’âme Il annonce le soir et apprivoise l’ombre mauve

 

Il propose un journal qui recense les restaurants les moins chers de Paris explique qu’une partie du prix lui revient et que ça lui évite de mendier ajoute que ce n’est pas drôle et qu’il n’aime pas importuner les voyageurs qui ont aussi leurs soucis continue à parler le bruit de la rame couvre sa voix Personne ne le regarde

 

Belle Elle l’est encore Avant de rendre les armes Robe claire trop élégante Visage lisse profil précis. Quelque chose d’enfantin le nez peut-être. Observe son reflet dans la vitre une de ses pommettes tressaille chaque seconde Une infime décharge électrique spasme crispation Quels soubresauts intérieurs quelle in tranquillité affleurent à la surface ?

 

La grâce d’une silhouette aperçue Un scherzo Une danse

 

Il consulte l’écran de son téléphone mobile comme si sa vie en dépendait le replace dans sa poche le sort à nouveau Son destin au creux de la main.  

''flou métropolitain'' ill. jlmi
 
 

Le wagon lève la tête Une voix rauque une voix de ventre module un chant mi-tsigane mi-oriental La femme se tient à la barre verticale très droite dans un paquet de jupons fleuris qui traînent à terre Une dent en or celle d’à côté manquante Elle ferme les yeux en chantant Quand elle a fini elle reprend son souffle et parcourt le wagon en tendant un gobelet en plastique beige fendu en plusieurs endroits Elle remercie sans sourire descend à l’arrêt et monte dans un autre wagon

 

Une lumière d’Annonciation derrière les nuages Et si un ange débarquait là que lui dire ?

 

Debout il lit la Bible dans une édition espagnole Le livre de Samuel. Le livre est posé dans un étui de cuir ourlé d’une fermeture éclair Avant de tourner la page il fait un signe de croix

 

Il lit un document épais, imprimé en noir et blanc, relié par un rouleau en plastique Des courbes, des graphiques, des chiffres, des pourcentages Il est immergé dans le papier note de temps à autre quelque chose avec nervosité Un post-it jaune vif annoté s’échappe tombe à terre Il se penche pour le ramasser et perd son stylo sous le siège d’en face ferme les yeux un instant soupire

 

Des impatiences des abandons qui traversent

 

Elle dit qu’il regarde sa montre quand elle arrive le matin qu’elle le hait rien que pour ça qu’elle ne veut plus travailler là mais qu’elle manque de temps pour chercher autre chose et qu’elle n’a pas assez d’ancienneté Elle dit très vite et toi comment ça va ? à sa compagne

 

« Quand il se saisit d’une figue dans une corbeille posée sur la table basse, il croit savourer un avant-goût de la chair tendre qu’à la lueur… » Elle lit Les amants de Grenade dans une édition recouverte d’une couverture glacée le volume ouvert sur son sac posé sur les genoux Tourne la page avec lenteur lisse de la main la nouvelle page à lire

 

La part de notre intime reconnue dans chaque visage vient nous parler Prête à être recueillie dans le silence

 

le gris ressort sous le blond très vieille d'un coup en cabas brodé de perles dessin libellule elle fixe le plancher du wagon en quelque ailleurs perdue/

 

Il pose sa main sur la nuque de sa compagne caresse ses cheveux il la regarde dans les yeux approche son visage du sien il pose ses lèvres sur les siennes Du bout du doigt elle chasse un cil sur le visage du garçon toujours il la regarde dans quels yeux avons nous appris à aimer ?

 

La ronde des hirondelles les soirs d’été les soirs d’enfance Une stridence tournoyante

 

Ce n’est pas la bonne heure pour une poussette essoufflée elle s’assied ramasse cent fois le jouet jeté à terre l’essuie le redonne propose de l’eau dans un biberon de plastique décoré de vaches vertes et blanches L'enfant tend la main gazouille quelque chose d’incompréhensible elle seule a compris des profondeurs du sac suspendu à la poussette elle extrait un biscuit le lui tend elle essuie les miettes claires restées sur ses mains & je songe aux voix qui ont veillé sur nos sommeils  

''flou métropolitain'' ill. jlmi 

 

Samedi prochain elle est de mariage le fils de sa meilleure amie & dire qu’elle l’a connu pas plus haut que ça elle a prévu un ensemble léger des escarpins ouverts mais elle a peur qu’il pleuve Il faudrait qu’elle achète d’autres chaussures au cas où elle ne sait pas si elle en aura le temps elle semble inquiète se tracasse beaucoup de la pluie mouilleuse des mois d’été

mis en ligne en mars 2012

 

 

IV

 

Voilée tissu noir fixé par une épingle de nourrice tunique à longues manches & lunettes rectangulaires mille brillants sertis dans les branches Minuscule sac à main au coude et pendeloques tenues par un fil à son téléphone Elle parle avec animation vérifie le nom de la station lorsque la rame arrive à quai reprend sa conversation un instant posée en vol
 
Descendre au cœur du sommeil là où les songes  prennent vie
 
Fesses mal contenues dans un pantalon à craquer fermes bombées colossales fine chaîne à la cheville l'épaule sciée par un sac yeux en amande peau noire elle observe le plan du métro araignée pattes de couleurs sur les parois du wagon son doigt dessine une route elle a l'air d'aller très loin encore
 
Elle n’en revient pas le boss a retoqué son projet elle avait pourtant tout checké tout était d’équerre elle n’a pas su vendre l’idée va falloir qu’elle trouve le moyen de rebondir rapidement dans sa boîte parce qu’elle sait qu’ils ne lui feront pas de cadeaux pantalon noir chemisier blanc autour du cou un disque métallique glissé dans un lacet noir elle passe la main dans ses cheveux nerveuse dit qu’elle n’a pas l’habitude de se planter tente un rire enroué les costumes funérailles à côté ne répondent pas comptent les taches au sol
 
Deux jeunes femmes l’une à l’autre serrées main enlacées cheveux longs commencent à s’embrasser sortir la langue à la station suivante une femme descend en les insultant remuée continue toute seule un long moment
 
 
 
 
''flou métropolitain'' ill. jlmi
 
 
Nos cheminements souterrains vers l’essentiel Hésitants déchiffrages
 
   

 

 
Des yeux il cherche à s’asseoir d'une des poches de sa parka il sort un livre couverture tachée des lunettes sur le nez d’autres sur le front cheveux gris attachés catogan bazar de clés à la ceinture il poursuit sa lecture la Montagne magique oh le désir de Hans Castorp pétrifié douloureux désir & la neige qui éblouit
 
Le crâne quadrillé peau noire dessous élastique fluo au centre de chaque carré Aux pieds socquettes dentelle blanche & un pull au chat rose endormi Assise au bord d’un siège elle balance les jambes en chantonnant une comptine un éléphant qui se balançait sur une toile/toile d’araignée du bout du pied elle heurte le sac d’une voyageuse sa mère la gronde l’enfant cesse de chantonner replie ses jambes sous le siège assombrie boudeuse l’éléphants en est resté patte en l’air
 
Un répit Des roses des bras d’enfants Cette joie à s’attarder sans rien attendr
 
Ils se regardent sur l'expir elle détourne la tête
 
 
Penchée sur sa lime à ongles elle passe d’un doigt à l’autre rectifie un arrondi revient sur un doigt éloigne la main pour voir l’ensemble Pantalon à imprimé savane lions tigres/zèbres léopards et le vol lourd des grands oiseaux roses le matin au bord des lacs sursaute lorsque s’ouvre la porte de la rame
 
''flou métropolitain'' ill. jlmi
 
A dix ils sont montés avec sacs à dos devant derrière tortues géantes égarées surveillent la progression du trajet sur le plan au-dessus de la porte hilares plaisantent en accent Marlboro bottes lasso chapeau mustang Des gouttes de transpiration au ras de leurs cheveux jaunes à chaque départ de la rame leurs corps perdent l’équilibre partent en tangage l’un s’accroche à la barre verticale d’une main moite sourit soulagé -quel rodéo guys !-
 
Tracer un cercle relier quelques éblouissements quoi d’autre ?
 
Appuyé aux strapontins il triture sa chaîne en or lit un roman policier en anglais couverture noire glacée visage ensanglanté revolver & empreintes lignes concentriques drôle de mandala Il lâche sa chaîne en or marque la page en la cornant large en haut à droite regarde autour de lui se rapproche de la porte se demande peut-être qui est l’assassin
 
Descendue à la station suivante & sans hâte entamé la remontée par paliers Les affiches de cinéma le plan du quartier la pub pour la maison du canapé toujours là et l’autre pour les vêtements grandes tailles -mannequins esbaudis souriants ravis-
 
''flou métropolitain'' ill. jlmi
 
A l'air frais le café où nous nous sommes rencontrés Le lendemain nous partions à la mer aux vents j'avais tracé des lettres des cercles des étoiles sur le sable mouillé à la nuit seulement nous étions repartis & je ne voulais que vivre dans ta voix abri refuge phylactère talisman le cours des angoisses détourné peurs dispersées cicatrisées vendues dissoutes -soudain il y eut trêve-  A droite c’est le musée Rodin je me souviens d'une apsara dessin aquarellé de bleu sa main sa main ô oiseau ô envols & je marche navigante voyageuse arpenteuse vagabonde fugitive passagère pérégrine promeneuse en partance en partance toujours
 

mis en ligne en mai 2012

 

oOoOo

 

 

Ce qu’on entend parfois….

Histoire à deux voix. Ou trois ?

 

 
photo gja

 

Toujours trop tôt, les trains, celui-ci comme tant d'autres. Ce matin, dans le TGV qui me conduit vers le sud, j'ai tenté de me rendormir. Vaine espérance. Je ne parviendrai qu'à une fragile somnolence, un abandon incomplet, une très relative absence. Les annonces sonores se sont tues, je sais désormais que la voiture bar sera heureuse de m'accueillir et de me servir collations, boissons chaudes ou fraîches, que le train desservira diverses villes avant son terminus qui seul m'intéresse, et que le personnel de bord qui m'a déjà souhaité la bienvenue se tient à ma disposition si j'en éprouve la nécessité.

Devant moi, de l'autre côté du double dossier recouvert de velours mauve, elles parlent. J'ignore leur visage, leur âge. Elles parlent.

Je m'efforce de garder les paupières closes, espérant ainsi ne pas décourager le sommeil, jusqu'alors indifférent à mes vœux. Elles parlent ; me voici, à mon corps défendant, immergée dans le flux de leur voix, dans le courant de leur histoire. Je ne saisis pas tous leurs mots, et je préfère qu'il en soit ainsi, mais je suis à bord, embarquée donc, et il devient évident que je ne pourrai me soustraire à cet envahissement de mon espace auditif. « Alors je lui ai dit que... et tu penses que j'ai bien fait ? »

Au dessus du dossier mauve, les voix s'éloignent et se rapprochent, au gré de l'intensité de ma somnolence. L'une des voix est tendu à se rompre, dans un aigu mal contenu qui par moments s'envole, au bord de l'étranglement. L'autre n'en est que le soutien harmonique, posant à intervalles irréguliers une note de basse, un bref accord arpégé. Elles parlent.

Je cherche à mettre un peu de distance entre leur histoire et moi, entre leur réel et le mien. Dans les écouteurs de mon Ipod, une voix d'Arménie chante l'exil, la perte de la terre natale, des couleurs d'un ciel, d'un arbre posé au bord d'un champ, du goût d'un vin que l'on boit aux jours heureux. Elle chante la peur d'oublier les visages qu'il faut quitter sans retour.

Elles parlent. « Tu crois qu'il m'aime encore ? » La voix s'est rompue, la tension s'est dénouée dans un sanglot étouffé. Les notes de basse ont gardé le silence. La voix d'Arménie chante les fêtes qui ne seront plus, les violons qui se sont tus, les récoltes abandonnées. Elles parlent. Les notes de basse reviennent, hésitantes. « Je ne sais pas ». La voix d'Arménie s'est tue, elle aussi. Je ferme les yeux et ce sont d'autres voix inscrites dans ma mémoire qui s'invitent, s'attardent, s'imposent, repartent. Il était dit que je ne dormirai pas.

Elles parlent. Les notes de basse ont tenté un apaisement. La voix du haut a repris son souffle. Elle poursuit sa litanie, un peu plus bas. « Je crois qu'il ne veut pas savoir que je l'aime. Ça le dérange, ça l'encombre. Il préfèrerait une histoire simple, quelque choses qui resterait en surface, une histoire pour le seul plaisir, mais je ne peux pas. Tu comprends ? ». La voix remonte sur les dernières syllabes. Je ne veux plus entendre.

Elles parlent. La voix du haut est entrecoupée de silences, de soupirs. « Je ne sais pas quoi faire. Je ne sais pas où cela va me conduire, mais je ne peux pas décider d'arrêter comme ça. Nous sommes allés trop haut, trop loin ». Nouveau silence. « Enfin c'est moi qui suis allée trop haut, trop loin, mais je ne m'y voyais pas si seule ». Le contrepoint grave ponctue par quelques notes isolées. Je voudrais être loin de cette histoire de désir qui vient me visiter sans m'être destinée. J'ai fermé les yeux.

Dans mon Ipod s'élève la voix d'Élisabeth Schwarzkopf. Mozart, Abendempfindung, impression du soir. Le soleil a disparu et le jour s'enfuit, emporté dans le puits sans fonds des jours, des siècles. Rien qu'un serrement de cœur à l'instant où le jour qui disparaît sans retour. Laisse venir à moi cette larme, dit l'amoureux à son amie, elle sera la plus belle perle de mon diadème. Absolue élégance du phrasé d'Elisabeth Schwarzkopf, doucement voilée de mélancolie. Je ne sais pas ce qu'est une voix absolument pure, je sais seulement que je frissonne, et des larmes venues de très loin montent doucement.

Nous arriverons en gare de N... dans quelques minutes. N..., 7 minutes d'arrêt. Les voyageurs qui descendent sont invités à vérifier qu'ils n'ont rien oublié dans le train. Je soupçonne la répétition de cette phrase d'en atténuer l'efficacité, mais peut-être a-t-elle sa raison d'être, après tout. La vitre du train immobilise une parcelle de quai dans son rectangle. Pendant ces quelques minutes, des silhouettes chargées se croisent. Au-dessus du dossier en velours mauve, les deux voix se sont tues, comme si elles avaient besoin du balancement du wagon et de sa toile de fond sonore pour poursuivre leur confidence, comme si elles ajustaient l'avancée de leur propos au mouvement ferroviaire.

D'autres silhouettes chargées ont remplacé celles qui sont descendues, d'autres sacs et d'autres manteaux sont venu investir les étagères qui leur sont destinées, et le voyage se poursuit. « Tu crois que je devrais lui parler ? ». La voix s'est adoucie, désarmée. La voix du bas pense que « oui, ce serait mieux, il ne faut pas garder toutes ces choses en soi, cela empoisonne chaque pensée, chaque geste, chaque regard et on ne peut pas vivre avec ça ». La voix du bas n'avait pas encore parlé autant, elle parle encore, lorsqu’un train arrive en sens inverse, à quelques centimètres de la vitre, je sursaute et je perds le fil.

De quelle histoire ce dialogue émietté est-il l'écho, pour que je veuille à la fois l'entendre et m'en protéger ? Quelle fut un jour cette voix du bas face à mes propres confidences ? Ou bien cette voix a-t-elle manqué, et peut-être ai-je dû avancer seule ? Pourquoi cet inconfort à me sentir l'otage d'une histoire autre, et cette envie de savoir, pourtant ? « Il ne peut pas comprendre combien je l'aime, je crois qu'il aurait peur ». Est-ce ma voix, une voix antérieure et oubliée, ou celle qui murmure son désespoir derrière le dossier de velours mauve ?

Ladies and gentlemen, we'd like to remind you that the bar is now open...Une voix du Sud s'essaie aux annonces internationales. Je n'irai pas à la voiture bar, en quelque langue qu'on m'y invite, inutile d'insister. La perspective d'une remontée de trois voitures à contre-courant suffit à perturber une oreille interne fragile, je ne me hasarderai pas une à une telle entreprise.

« Je ne désire que lui, je ne peux pas imaginer que quelqu'un d'autre me touche. Tu comprends ? ». La voix du bas répond que oui, elle comprend. Elle sait ce que c'est, le désir d'une seule peau, d'une seule bouche, d'un seul sexe. Elle sait. Le silence s'est installé de l'autre côté de dossier mauve, il dessine un abri pour accueillir les mots  qui tremblent.

« Et toi, ça t'es déjà arrivé d'aimer comme ça ? » Je ne saurai pas la réponse, de nouvelles annonces sonores déchirent la tiédeur du wagon. Une des villes installées sur le parcours va bientôt être rejointe, à nouveau il est conseillé de ne rien oublier, les voyageurs qui descendent là quittent la voiture avec des souhaits de bonne journée, on espère qu'ils ont fait bon voyage et on espère les revoir prochainement sur ce parcours.

Il ne manque que les informations sur la température extérieure. Impossible d'échapper à cette voix. Un court instant, il me semble que c'est à moi qu'est posée la question. C'est absurde. Je tente de ma concentrer sur le livre que j'ai emporté, mais la question s'insinue dans des interstices que j'avais crus calfeutrés depuis longtemps. Aimer « comme ça », sans retour, sans espoir, comme un embarquement, et la terre ferme qui se dilue jusqu'à disparaître. Ai-je aimé « comme ça » ?

« Tu penses que je suis folle ? » Je ne suis pas certaine d'avoir bien entendu le dernier mot, noyé dans un bruissement de pages de magazine tournées avec précipitation. Toujours la même question : sur quelle rive vivons nous ? A quel moment la traversée ? Basculement ? Déraison ? Les deux rives sont-elles si éloignées, si dissemblables, si irréconciliables ? Folie de poursuivre une chimère, et folie de ne pas tenter de lui donner corps, folie de vivre, d'aimer, de se vouloir aimée ?

A nouveau j'ai fermé les yeux, dans une ultime tentative de m'absenter dans le sommeil, de me laisser porter par ce temps entre deux temps, dans ce lieu entre deux lieux, minuscule segment de droite sur une carte géographique. Dans quelques heures, le printemps parisien transi aura fait place à un ciel d'un bleu de vitrail, au jaune acide des grains de mimosas et au violet vif des bougainvillées, dans cette miraculeuse transmutation du Nord en Sud, qui, chaque fois, s'apparente pour moi à une éblouissante et mystérieuse épiphanie.

Elles parlent. Je réalise que loin de parvenir à dévier le cours de mon attention loin de cette double voix qui chemine dans ses aveux, mes yeux fermés ne font que renforcer ma vigilance aux nuances les plus ténues de leurs inflexions, à la pause la plus infime entre deux mots, dont la plupart ne me parviennent que très indistinctement. « Quand il m'a dit...pas le croire ». Croire l'autre, croire en l'autre, toute notre vie dans ces quelques mots. L'offrande de soi, l'amour comme un acte de foi, irraisonné, animal. Irradiant et absolu. Perdre l'amour, douter de l'amour, comme une chute sans fin, une expulsion du jardin d'Éden. Ne plus exister dans son regard. Ne plus exister. Ne plus.

« Si, une fois, j'ai aimé comme ça. Une fois ». C'est la voix grave qui vient de parler. Les mots sont venus longtemps après la question, comme si celle-ci avait longuement erré avant de lui parvenir. «Une fois ». Celle qui a posé la question se tait, déjà retranchée loin dans ses terres.

« J'aurais voulu lui dire que... » La voix n'est plus que l'ombre d'une voix. Elle s'est fracassée sur la suite de la phrase, que je n'ai pas entendue. Que je me suis interdite d'entendre, gênée par tant de nudité. La voix  parle de la perte, d'un passé qui ne reviendra pas et d'une présence qui demeure en elle. A jamais. La perte. Perte d'une peau, d'une odeur, d'un langage, d'une langue commune, d'une voix. D'une façon de gémir dans le corps à corps. Retour au temps d'avant. Au chaos. Aux ténèbres.

Les deux voix se sont tues, le dossier en velours mauve abrite le silence dans toute son opacité, il les mure dans un espace clos, infranchissable. Les voix sont allées au plus profond d'elles-mêmes et ont livré leurs secrets. Ce que qui m'a été donné d'accueillir ne m'appartient pas. Seul l'écho de ma propre histoire, par instants entr'entendu, est mien, Le reste doit être redonné.

 

 

 

***

 

 

 

 

 

        

 

 

Train de vie   photos gj    Vienne, le Prater, été 2009                                       

 

 

I

Tu marches tu marches curieux du pas connu du jamais vu sourire en pièce jointe et s’il vous plait-merci comme on t’a appris pas cromagnon genre pas dire bonjour et bonne journée

Tu marches dehors les gens partout cagneux éclopés fastueux aussi l’or la pourpre & le reste il y en a pour tous les goûts toutes les vies chacun à écrire son destin sa story/brouillon miteux/Vélin d’Arches/carnet taché café/copie à petits carreaux/liste de courses 

Tu marches gadin trottoir -putain de travaux pourraient prévenir- & la douce blonde en face yeux tendres esclaffée vite changer de quartier ? Tu marches oh de si jolies fleurs mais à qui les offrir et pas question les trimbaler l’air d’un con allez avance danger s’arrêter rêvasser épaules tièdes invitantes sert à rien fait du mal  

Tu cours accélération tes pieds s’envolent l’allure des dieux petites ailes cousues aux pieds et le cœur qui bat Songes-tu parfois à ce mot usé défraîchi poudré la chamade on en sourit mais songes-y la chamade émoi douceur tu vas vole cours and so on

Dans l’air frais quelque chose te tient t’attire te pousse entre les trous par-dessus les flaques Fini gastéropode bayant corneilles ton corps -superbe bien sûr- tendu muscles sang oxygène tous transports accélérés hâtif impatient du sort

tu cours staccato sur le sol marathon man réjoui t’enflammes t’élances il/elle t’attend ? même pas sûr mais tu cours

 

 

Tu galopes au sortir du parfum sombre & lourd d’écurie soleil levé à l’orient le monde t’appartient à bride abattue éperonné à vif il te le faut parcourir d’un point cardinal à l’autre et l’autre encore

Tu ne sais pas si tu auras le temps de finir ton tour alors galope coursier étalon destrier grand palefroi blanche haquenée galope & dévore la plaine qui succède à la plaine horizons changeants galope dans l’or du soir

 

 

 

C’est une fête une féerie l’ivresse du vent & savoir jouir bon sang savoir jouir avant le coup de ciseau de la Parque distraite pas méchante mais distraite tellement jamais gaffe à rien Galope de feu de sang d’écume le soleil à son zénith enflamme la lande & l’horizon qui toujours recule

 

S’arrêter pause au bord d’un champ loin des toits des cheminées du battement des vies du tremblé des visages & la part du loup qui parle fort quémande sa réponse affamée

La lumière s’est posée là au  hasard interroge l’étranger qui vit au profond  du cœur sans qu’on sache vraiment où il demeure ni ce qu’il guette

Petits décalages contretemps pas de côté et la part du loup qui toujours appelle jamais  ne cesse n’abandonne S’arrêter en chemins écouter & lui tendre la main

Dans un murmure lui avouer que de longtemps déjà on ne craint ses crocs

 

 

 

II

 

Tu traverses tu vas ton sillon comme tu peux, à tirer des bords & apprivoiser les vents ta traversée la grande affaire !

Tu tentes de passer à travers les gouttes trouver un feu où te chauffer au soir lorsque transi tu ne veux que t’asseoir & pas de questions pas raconter surtout pas raconter les récifs le froid les grands yeux des sirènes et le reste

Non pas raconter Seulement dire le soleil montant mais pas les mots qu’il faut

 

Te voilà maintenant petit grimpeur escaladeur joyeux sac à dos alpenstock et chansons dans le cœur que la montagne est belle ! belle de loin assise sur l’horizon dans ses bleus emmêlés

L’ascensionner une autre histoire les yeux plus gros que le ventre on te l’a déjà dit Toujours pareil envie des hauteurs/des points du vue/des panoramas vue imprenable mais difficile gravir cailloux franchir les cols la lassitude parfois & le courage qui s’est fait la malle

 

Tu as vaincu ! disait le poète qu’as-tu vaincu le sais-tu bien ? alors dis moi comment tu as vaincu Raconte au soir venu raconte et laisse moi poser les doigts sur ton visage

Tu as hésité trop longtemps hésité et laissé s’enfuir les saisons puis tu as traversé le feu sauté du grand plongeoir traversé des fleuves espéré des femmes et jamais dis-moi jamais n’as tu songé à celles qui t’ont en vain  attendu?  

Tu voles c’était ton rêve le seul que tu n’aies pas eu le cœur de vendre -aurais pu tuer pour celui-là-

Léger d’un coup et rien sous les pieds c’était ça ton rêve toi si peu fleurs-jardins-papillons tu voulais voler & de la terre ne plus rien savoir rien qu’une branche escale pour l’orage 

Tu voltiges jour de fête costume parade ô parade pur bonheur advenu apesanteur jouissance cul par-dessus tête & trapèze sans filet quel besoin des dieux au ciel frôlé ?

 

 

III

 

 

Tu danses -ballare je crois en italien sonne bien aussi- ah ce n’est pas ton fort la danse pas doué pas gracieux valses viennoises cavalière vêtue scarlett chantilly enlacée et ton reflet miroir dans la salle de bal

Non tu ferais pitié danser -un rêve- tournoyer léger taille menue palpitante au creux de la main le grain de la peau sous le tissu Ou gominé tango les cuisses qui se cherchent talons bas résille robe ferrari regard enflammé-je te veux

Non tu ne sais pas non plus même trémoussements transpiration tu ne sais pas il était dit de cette vie ne danseras

 

Tu glisses joyeux tobbogans Disney parade Cendrillon -oups perdu savates- grand dérapage ça arrive & pas qu’une fois

 

 

Tu tom bes de la terre dans les dents jolie vue au ras du sol contondances sévères pas pu éviter la chute déglingué un peu -plus de peur que de mal dis-tu bravache- pas pleurer quand même

Pourquoi pas ? maman s’il te plait ma peluche souris pelée sucée mordue recousue mon grizzly râpé cradingue & si ça marchait encore ? mais non partis poubelle de longtemps les doudous/grisgris servaient plus à rien

 

Tu te rêvais hauturier/ hauturier forcément Des clous ! voiles blanches gréement dormant/gréement courant allure portante bon plein bon vent mais jamais ne dure les voiles fasseyent floc floc moins joli réduire la toile/rentrer au port

Demain pas si loin -si démuni au grain noir dis-tu - la trouille, oui ! demain caboter gentil juste changer de crique emporter le pique-nique/thermos/bouteilles

Ciel pareil mer pareille attendre la marée pareil mais non tu sais bien question de couleurs & l’air du large ah l’air du large et le coup de l’albatros ses ailes etc… pas grave naviguer quand même

 

 

Cingler en haute mer ô galions ô frégates caravelles beaux supports de rêve vaisseau amiral toi debout en uniforme sur le gaillard avant Envoyez la toile nous faisons route vers Veracruz Non je t’en prie ne me réveille pas 

…à suivre…

 

 

IV

 

Sous la lune vaguer & au creux des villes des déserts d’hommes guerrier masaï sans tribu sans parure sans arme tu cherches tes frères

Tes pensées s’enlisent puis tu ne penses plus c’est éternité et pas un regard qui veuille bien se coller dans le tien ça lasse

C’est la ville aux vitrines s’attarder un moment passe tu ne sais plus ce que tu cherchais tu ne l’as jamais vraiment su & toujours pas un regard c’est l’ennui qui te remorque et toujours personne pour te voir beau charmant spirituel gracieux

C’est la ville terrain vagues solitudes plantées côte à côte mais tout le monde pressé toi aussi accélères presses le pas fais semblant pressé affairé occupé acheter journal le pain les gâteaux jolie balade

Rôder errant rôdeur voleur de poules tournicoteur à l’affût de ce tout qui traîne Errant divagant tatoué pas net peur aux vieilles dames mais pas méchant tu t’es reconnu portrait pas flatteur je sais

Pas Dorian Gray toi c’est le contraire la gueule à la ramasse et les bouquets de fleurs en dedans un jour la sibelle là-bas elle les trouvera exploratrice découvreuse de tes îles t’aimera sinon tant pis pour elle/pour toi

Tu t’es perdu fallait que ça arrive à zonailler comme ça vadrouille traînasse fallait t’y attendre baladin dériveur troubadour fourvoyé renvoyé dégagé du balai

Tu t’es perdu erreur d’aiguillage & TGV en déraille loco au fossé

C’est comme ça à bader à tous les vents à te croire élu immortel race des dieux char d’Appolon bigné platane tu t’es perdu L’heure des larmes & sonnez la retraite armée en déroute  tu pleures  que puis-je faire ? 

Tu approches du but objet suprême tous désirs serrés au creux de la main La chance te caresse la gloire s’avance prête à déposer couronne sur ton front Toi tremblant chancelant incrédule pas y croire enfin la frôler toucher sa robe  la dévêtir & joie de noces

…à suivre…

   

 

V

Tu guettes yeux plissés façon cheyenne aux buissons accroupi /oreille au sol affût aguets chercher les signes de piste les branches brisées les feux mal éteints & ne pas dormir

Tu t’essaies à compter ce qui brille Orion/Cassiopée/la chevelure de Bérénice tu attends l’étoile filante on te l’a promise

Tu te souviens de ces nuits au désert dans les dunes roses tu guettes celle qui se posera au bout de tes doigts ne t’endors pas

 

 

Arrêté Oh les petits matin qui rampent Pas fiers rien d’Artaban rien de rien arriver au bureau quatre pattes & faites pas chier svouplé

Ton bois d’œuvre sculpture inachevée aubier/bois de cœur proportions incertaines Il y a panne stop plus avancer juste hiberner dans ta yourte troglodyter le temps qu’il faut dessangler desseller paddock et puis la paix

 

 

Quitter/abandon(s) singulier/pluriel je ne sais Toujours quelque chose quelqu’un quelque lieu à quitter le jour qui finit les maisons juste habitées les villes juste traversées les visages juste croisés les amis juste laissés

Quitter des jardins des voix toutes ces musiques & les couleurs du soir

 

 

Tu repars Toujours là entier abattis au complet ? plus ou moins dis-tu mais ça ira

Même pas peur allez ramasse-toi Un moment encore à folâtrer frétiller cabrioler Marsupilami joyeux tout ébroué avant point fixe très fixe

Etes-vous sûr de vouloir quitter l’application ? pas le choix ton avis s’en fout & d’un coup l’écran noir

 

 

 

Fin

 

oOoOo

 

 

...oscillations...    extraits 3-fin

 
nirvanantes échappées le long
des étiers
habités de libellules rouges
 
bocageuses songeries
toutes amarres déliées
 
*
 
laisser la parole à la voix
qui parle
sous
l’autre voix celle
du jour
 
l’écouter
en-gorgée
 
& seule à dire
 
*
 
vestiges de long séjour
perdu les photos
les souvenirs à péremption
rapide
 
ai trouvé les tropiques tristes sous les fleurs et
beaucoup de moustiques
oui la mer & les poissons clowns les coraux parme et bleus mais
pas possible de
passer toute la journée
 
sous l’eau
 
*
penser aux fêtes
galantes des tableaux taffetas crissant et
cache cache dans les buissons jeux d'eau
troublée d'amour vos beaux yeux belle
marquise bander me font
 
*
écrire pour reproduire une note entendue
en songe
sage femme &
parturiente de ma voix
 
*
 
le bruit des jours comme une mer/une rumeur
d’autoroute qui monte au-dessus des blés
piste de lecture 04 Concerto italien aux oreilles
le train effleure les maisons
 
les notes longent
les toits aigus/jardins riquiquis trémières débordantes/balançoires
 
bientôt les tours de
la Défense & tout le monde taille playmobil
dans ses petits tours de piste tout à l’heure
ce sera mon tour  
 
ill   jlmi
 
*
 
ce qui reste d’un lieu
les tamaris & leur rose
assourdi
 
les vélos odeur de piscine
maillots mouillés
les pelles en fer liserées de rouille raclant bitume
les tourelles pont-levis en sable décorés coquillages &
jouer à la marchande
 
les bateaux immobiles sur le trait de l’horizon
l’île en face allongée
dans son mystère
 
persistances rétiniennes
 
étranges
 
je porte en moi tous les rêves
du monde au fond de mon sac un livre de Pessoa
sous les clés les factures les stylos agenda
maquillage et tout
le bazar ça pèse une tonne mais
le poème rien à faire léger
il reste  

© almada negreiros

 

...oscillations...    extraits 2

se montrer gaie dans le torrent des jours
polie pour le monde
évite la noyade
 
attente
de l’envol
des oiseaux posés
aux branches
 
envie d’écouter l’arbre dans son silence
 
libre dans ses
ligneux assemblages
ses contre chants
 
son pas de danse
 
*
 

le ciel s’est hissé bleu

derrière des jours de patience

grise

envie d’écouter un CD un truc gai des cuivres que ça pète

d’ouvrir les fenêtres

céder aux

ondulations

du jour

 

& la joie

prise

 

de terre

 

*

 

en bord de voie ferrée

déploiement de coquelicots

étourdis de vent

 

trop de vitre

de vitesse pour toucher les pistils violets

mémoire remuée

leur poudre sombre

sur les doigts les joues

 

éclair enfance/jardin suspendu

 

*

 

envie de

rien juste

guetter les bateaux qui rentrent compter

les vagues &

 

recommencer

 

le jour a filé

 

pas de souffle aujourd’hui

ni fifres ni sistres ni

galipettes

 

*

 

voix des sirènes

voix dé-tourneuse dé-routeuse

dé-routante dé-rivante

dé-riveuse

curieuse de l'entendre une fois depuis le temps

qu’on en parle

 

il y a des gens qui nous font cet effet-là

aussi

 

*

 

de grandes peines parfois 

pour pas grand chose juste

grosse fatigue Alexandre

je crois a pleuré Bucéphale 

et lui c'était un héros

 

 

...oscillations...    extraits 1

………et nos courses de haies
à contre
temps contre
pied contre
champ
 
personne n'a dit que c'était facile
 
*
une lampe à la fenêtre
geste de vie
s’en jouent des choses
 
aux fenêtres
le dormant/ le battant
& nos doigts entre les deux
 
*
on s’habitue à tout
sûrement pas jamais
jamais
jamais
on voit où ça mène colère qui monte &
une envie de mordre pas
poétique
du tout
 
*
clic et zap c'est ça
la vie
maintenant
pourquoi pas ?
 
avec
quelques regrets parfois
 
jurassiques certes mais
 
*
…pour votre sécurité
votre vie est sous vidéo
surveillance merci
 
et bonne route j'ai dû
me tromper
 
quelque part
 
oublié de sourire
à la caméra
profils perdus d’avance et lignes de fuite
sans perspective
 
*
tu la kiffes ta life ?
certains jours pas tous car
violent tout ça très violent
souvent trop
 
*
nous sommes des fichiers temporaires à mémoire vive les souvenirs  enregistrer sous/
 
*
chantier ouvert fenêtre sans rideaux il y a des gens qui vivent là sûrement ils n'en rêvaient pas
 
*
on s'attache se tache salissante la vie forcément
 
*
lignes de faille : découper selon le pointillé mais doucement s'il vous plaît & ne me secouez pas etc...
 
*

 

 

Sisyphe's blues  

................... la vie n'est pas où on l'attend ce qu'on guette comme une mousson porte rarement les pommes d'or espérées - désespérant jardin des Hespérides - nos chimères ont des ailes et nous croyons nous envoler mais leurs griffes - les oublie-t-on leurs griffes ? - elles déchirent nos menus assemblages de branches de poussière chaque jour Sisyphe en baskets nous reportons le rocher pèse de plus en plus lourd ou c'est la montagne qui est de plus en plus haute pas facile à dire question de point de vue me direz vous

extrait de "Tambours frappés à mains nues"

 

tambours frappés à mains nues

 

…………………………………… ruisseaux souterrains contournés multiples eux qui nourrissent nos vies nos songes parfois sourd à la surface un peu d’eau pas beaucoup plus au creux des mousses entre les pierres toi tu rêves des hortensias de Coïmbra des citronniers de Sorrente de l’arbre du voyageur des tambours frappés à mains nues qui racinent loin dans la terre loin dans le ventre & de tant d’autres choses trop grandes toujours trop grandes un jour il faudra ranger remiser ces parfums ces couleurs mais ce jour-là tu mourras m’as tu dit ce que tu attends c’est l’instant où quelque chose se noue l’infime événement avènement survenance dans la course grise -chaque matin il faut reprendre le départ- et parfois tu n’es pas sûr de vouloir mais personne ne peut vouloir pour toi comprends-tu 

 

extrait de "Tambours frappés à mains nues"

***

Graphisme

 

 

encre sur papier                                                                                   2008

 

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Bio 

L’auteur(e) de ces lignes est née en 1960 dans une ville calme (très calme) de province, dans une famille où on lit et où l’on écrit.

Etudes de droit (quelle idée, grands dieux !), de journalisme (sympa, mais pourquoi n’y apprend-on pas à se poser des questions avant de poser des questions ?), et diplôme de psychologie clinique (mémoire sur les troubles du comportement alimentaire si vous voulez tout savoir).

A travaille à Paris dans ce qu’on appelle la com avec avis très réservé sur l’utilité sociale de ce secteur, puis quelques années en Nouvelle-Calédonie. Découverte des antipodes à tous points de vue et application de la théorie de la relativité.

Au retour, installation dans un (charmant) petit village des bords de Seine, travaille à nouveau à Paris, dans un magazine (pas littéraire) et un site Internet (pas poétique), cela lui permet quand même d’écrire et de rencontrer des gens, donc ça va.  Passe beaucoup de temps dans les trains.

Elle est mère de deux filles (ados plus grandes qu’elle maintenant, ce qui tend à confirmer que le temps passe).

Et l’écriture là-dedans ? Temps de latence particulièrement long observé chez le sujet, premières publications en revues en 2005.

Contribue avec grand plaisir à la revue de JM Bongiraud Pages Insulaires, et un peu aussi, avec autant de plaisir, à Traction-Brabant, chez Patrice Maltaverne.

Anime également des ateliers d’écriture et des rencontres autour de l’écoute d’œuvres musicales.

 

Aux questions « pourquoi écrire, écrit-on trop, à quoi ça sert ? » et toutes ces interrogations poético-métaphysiques, l’intéressée avoue : pas de réponse, trouve ça normal et ne peut s’en empêcher.

Plus sérieusement, la poésie lui semble le plus sûr chemin vers l’essentiel. Et ajoute qu’un peu de nuance dans ce monde de brutes ne saurait nuire…

Aime : ne pas regarder la télé, ne pas envoyer de SMS, jouer du piano (avec plus de persévérance que de talent, hélas), la Mitteleuropa et l’Italie, avec les langues, les livres, les villes et les musiques qui vont avec, les arbres, les chevaux, marcher en ville, regarder les gens dans le métro, la peinture, la photo, lire, écrire et partager le tout  avec ceux que ça intéresse.

 

 

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Biblio  

Publications en revues : Arpa, Voix d’encre, Friches, Lieux d’Etre, N4728, 7 à dire, Florilège, anthologie Parterre Verbal, Hélices…

Recueils : 

  • l’empreinte et le cercle, Encres Vives 2005

  • signes de passage, chez Hélices/Poésie terrestre 2008

  • tambours frappés à mains nues, Prix d’édition poétique de la Ville de Dijon 2009

  • castillanes.doc/, Encres Vives collection Lieu, juin 2009

  • carnets du Leonardo Express, Encres Vives collection Lieu, octobre 2009  

Roman :

  • Les heures silencieuses, Autrement 2011

      
 

 

en préparation : Train de vie, et Bois flottants, avec des dessins de Véronique Soriano

  *

et parce qu’aujourd’hui un poète sans son blog n’est pas plus imaginable que Tom sans Jerry ou Dante sans Béatrice… (compléter ad libitum…) http:/www.gaellejosse.kazeo.com  & http://www.helices.fr/helices/josse.html

 

 

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