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Cathy Garcia

 

 

Voix Cathy Garcia, sitar électronique x

 

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* photo de Cathy Garcia

                                

   Poésie Vive... 

80's

90's

Celle qui manque  photo de l'auteur

Cherokee

Ecrit, craché

Écume de chair  Antique idée de mars 1997  ill. de jlmi

Fils de Balam  (extrait inédit de Ailleurs simples)

Hématome crochu  Antique idée de février 1997  photo de l'auteur

Je n'irai même pas cracher sur vos tombes 

Je ne comprends pas pourquoi

La Voie légère  ill. de l'auteur

Le Chant de la Vieille ill. de jlmi

le Jardin du Causse   bref extrait 

Les Pistes du Rêve     extrait de Mystica perdita avec une vidéo de Séverine Delbosq ( danse )

Noces pourpres

Parcours poético-Précaire  ill. de l'auteur

Pour des Miettes   

 

 

 

The cold corridor

Ton regard, madame

Toutes les femmes ne sont pas belles

Trans(e)création extrait  ill. de l'auteur

extraits lus de "Salines" et "Ombromanie "

  Un raté dans le cœur   ill. de l'auteur

  ...& Dérivés

Calepin paisible d'une pâtresse de poules inédit - extrait  ill. de l'auteur

Calepins voyageurs   extraits  photos de l'auteur

avril 1997 Pologne/Gdansk

mai-juin 1999 Cambodge

novembre 2000 Byzance

De Tchernobyl aux vieux tracteurs

... & Gribouglyphes  
 
  Bio-Vive
 
  Biblio-Dérivée
 
  Revue Nouveaux Délits

 

***

           

 

         

   

écoutez des extraits de Salines et Ombromanie 

Poésie Vive ...

 

 

Ton regard, madame
 
Ton regard, madame
Qui passe sans me voir
Ton regard sur le gris
Du trottoir où je survis
 
Ton regard, monsieur
Qui s’égare sur mes chairs
Ton regard qui ignore
Bonne conscience
Ma misère
 
Oh  Madame ! Que le monde est cruel
Oh  Monsieur ! Que le monde est pervers
Bonnes gens
Si vous aviez vu
Ce que j’ai vécu…
 
ill. cg
 
Clandestine je vis des miettes
Ramassées sur tes pas, madame
Je vis dans la terreur
D’être ramassée avec elles
 
Illégale je vis dans la peur
De ton sexe, monsieur
Sa violence qui m’étouffe
Tant de vice dans ma bouche
 
Non je ne dirais rien, rassurez-vous
Je ne pourrais pas de toute façon
Je ne parle pas votre langue
A peine si j’en connais le goût
Tabac, bouffe grasse
Et alcool fort
 
Oh Madame ! Que le monde est cruel 
Oh  Monsieur ! Que le monde est pervers
Bonnes gens
Si vous aviez vécu
Ce que j’ai vu…
 
Je viens de l’Est
Poussée par les vents
Qui m’ont effeuillée
Et je suis tombée là
Sur votre trottoir
Sous ton regard
Madame, Monsieur
Qui passe sans me voir.  
 
 
ill. Brassaï
 
in Claques & Boxons   inédit  2001-2003
 
mis en ligne mai 2012

 

***

 

 

 

90’s
 
 
illustration Chloé Tallot
 
PRISE DE LA PASTILLE
Monoculture et jubilés
Tout est si bêlant
Partout des bifurcations
Pour effacer l’indicateur
Des judas bienfaisants
On perd ses pendules en burn-out
Les vignes meurent d’ensablement
Tant de ristournes et soliloques !
Coupe de chantilly, migrations
Où viennent se perdre les revendeurs
C’est tellement bon
Qu’on mendie l’heure !
JE TE DÉFIE  
De répondre à mes épaves,
De me tendre une péremption
De savoir me soulager
De dire la vermoulure
J’ai le tétraèdre vif et les youyous peuplés
Le pare-balles est camphré, presque ignare
Et les chiffres rodent pour fuir l’enracinement
Et toi ? Toi tu attends, comme toujours...
Comment donner une sensualité
A ce qui n’en a pas ? 
 
ÉGLOGUE
Je lutte contre les moisissures
Et dans l’incision, je me débats
Je suis allée trop loin en essayage
Trop cherché les pourvoyeurs d’éoliennes !
Les replâtrages sont tombés,
Les sonorités me soûlent
De trop luisants parjures
J’ai testé le reboisement
Les corsaires sécuritaires
Les gibecières et les parricides
Bien trop de mégères
Plus rien ne colle !
Trop de quidams
Trop de rings !
L’homonyme peut se perdre
S’il ne croit plus aux amphores
A la fangeuse dernière section.
 
TIVI 
 
Dans la beauté temporaire
Stéréotype pré-emballé
L’infinitésimal nous tient
Le teuf-teuf empli
De trop et de rien
Il nous vide de tout succédané
Il nous suce carambolé
Fulgurant étourdissement
Nous chavirons sans respirer
Dans un troupier nonagénaire
Ah comme je te hais
Bolide à infarctus
Voleur de vigie
Subséquent télésiège. 
 
MÉGAHERTZ
 
La robotique coule vers son détacheur
Avec une tendinite, suit la chemisette
Les sparadraps s’accrochent aux robes
Et la vieille part en dermatologie
Je regarde le président courir
A la poursuite de l’aveu
Mon cognac plein de serins
Compte mes passants d’éthylène
Le soliloque se noie dans les paris
Il s’y débattra jusqu’au soldat
Jusqu’à ce que numérotation
L’emporte à la fondrière
Mais tout n’est que reconstitution
Mourir pour renaître étonnés
A la ruche des astronomes morts
L’homo devient sapiens
S’il franchit son passe-droit.
 
BÉCANE CRYPTOGRAPHIQUE
 
Je me voudrais libellule
Foudroyée d’amour
Je voudrais voir les yo-yo
En souffre-douleur qui ne dit mot
Je voudrais
Me répandre en fluctuation de ténor
M’enfuir quand la margoulette devient oiselière 
Je voudrais 
Connaître le secteur qui préserve le fond des étroitesses 
Le trémolo qui ne supporte ni longe, ni major !
Je voudrais
La bécane non-alignée de ceux qui savent se taire
La bécane obstinée des revendications écumeuses
Les rhapsodies internationales
Je voudrais
Le trajet
Des vermisseaux.  
 
 
mis en ligne en mars 2012

 

 

 

 

80’s
 
je déteste le plastique
je déteste les portables
les publicités qui crient
quand je hurle
à l’amorrrr
 
Pantins pantins
de nos micro-cirques
Où danser pleurer
Le cœur à l’air libre  
 
 
ill.jlmi
 
Convulsions de poissons asphyxiés
Illuminations soudaines
Gerbes éphémères
La folie en réseau
Mais où va-t-on ?
 
Grande descente
Toboggan hypersonique
 
a flash in the night
 
la grande prairie des rêves, nos chevauchées mécaniques
que reste t-il entre nos mains, enfants du siècle de pacotille ?
 
just a flash in the night et la sueur scintillante
d’une boite à rythme de merde !
 

   

 

 
ill.jlmi

 

CHEROKEE

 

mon amour est mort
mon bel amour
enfant des plaines
mon bel enfant est mort
 
le gringo est passé
dans son bolide d'argent
sa blonde suceuse
à pétrole
 
le gringo est passé
et dans le tatouage
creux de ses pneus
surgonflés
 
gît mon enfant
mon bel amour
mon enfant qui jouait au foot
dans la poussière des rues
avec une canette de coca
 
mon petit prince écrasé
sur la piste des larmes
son sang comme un trophée
sur le pare-choc d'une cherokee
 

(les deux poèmes ci-dessus ont été écrits pour le croutothon http://fondation.thecroute.com/)

 

****

 

 

Toutes les femmes ne sont pas belles
 
femme au cœur sec
phalanges avides, désirs crochus
le fiel déborde de la plaie de tes lèvres
ton ventre est une calculette
préjugés artifices
ta part de noblesse factice
 
 
ill.Zelkova (Davis Toiser)
 
femme perfide
je ne te confonds pas
avec ces chattes noires
qui au bûcher de la vie
griffent mordent
et s’enivrent de nuit
 
celles là simplement sont des excès d’amour
des comètes obscures aux sanglots torrides
leur cœur frappe une vraie musique
Pas le crissement sec et mécanique
de tes longues canines.
 
 
2007 mise en ligne juillet 2011

 

 

 
Un raté dans le cœur
 
ill. cg
 
Au mariage de mes prunelles, j'ai chaussé mes beaux souliers de passion, le cul en colimaçon et du désir plein les mamelles. Sur le magma frais de la nuit, toutes les étoiles formaient une mosaïque éclatée pour ma tête balbutiante. L'odeur de l'aventure m'enivrait.
 
 
 
Il y avait au fond de ma valise, un vieux brouillon, une veste d'homme, une bouteille, quelques fantômes et leurs bleus désirs de méharées. C'est de bon cœur que je m'apprêtais à les suivre, hélas, monsieur, en guise de départ, j'entendis pleurer les bombes et je vis l'automne passer sous les rails. Oui Monsieur !
 
 
 
 
J'ai donc ôté mes souliers et j'ai même ôté mes pieds avant de me glisser, sans rien de plus à dire, sous cet atome de soupir où vous m'avez trouvée.
 
 
2001
 
mis en ligne en juin 2011
 

 

 

 

 

 

Fils de Balam

 
Olmec Middle Pre-Classic (800-400 B.C.) Dark greenstone 15.5 x 16.4 cm. National Museum of Anthropology, Mexico. Photo © Jorge Pérez de Lara

 

 

 

Je ne comprends pas pourquoi  
 
 
 
 
collage cg
 
Monsieur Président
Tu as un beau costume
Une belle cravate
Et de beaux souliers
 
 
Je ne comprends pas pourquoi
Le soir ma mère elle pleure
Au lieu de nous bercer
Elle dit que ce n'est rien
Que c'est la fatigue
Et ses mains sont toutes abîmées
 
 
Monsieur Président
Tu as une belle voiture
Une belle femme
Et tu fais de beaux dîners
 
 
T'es intelligent Monsieur Président 
Alors tu vas pouvoir m'aider.  
Tu sais, je ne comprends pas pourquoi 
Mon père est mort de maladie professionnelle 
Moi je croyais que le travail c'était la santé !
 
Je ne comprends pas pourquoi
Chaque jour mon grand frère
Boit tout plein de bouteilles
Qui le rendent méchant
Ma mère m'a dit qu'il travaillait
Au noir sur le chantier
Où il a eu son accident
Il boit parce qu'il a honte
De ne pas pouvoir nous aider
Moi je ne comprends pas 
Monsieur Président 
Pourquoi il travaillait dans le noir 
C'est dangereux non, de rien y voir ?
 
Et mon oncle tu sais
Il habite à la campagne
Il a une ferme
Mais je ne comprends pas pourquoi 
Il a les seins qui poussent 
Parait que c'est à cause de ses vergers 
Dis-moi Président Si je mange trop de pommes 
Est-ce que je vais devenir une fille ?
 
Monsieur le Président
Tu as un beau costume
Une belle cravate
Et de beaux souliers
 
 
Je ne comprends pas pourquoi
Ma grande  sœur se maquille
Autant pour sortir la nuit
Et c'est quoi cet argent
Qu'elle donne à ma mère
Quand elle rentre au petit matin 
Avec des bleus sur les seins ?
 
Je ne comprends pas pourquoi 
L'autre grande  sœur maigrit 
Si vite, celle qui étudie à l'université 
Elle travaille c'est vrai le soir 
Et elle travaille aussi la nuit 
Je ne la vois quasi jamais dans son lit 
Son lit c'est aussi le mien.
 
Tu sais Président, mon grand-frère
Il dort à la cuisine et ma mère
Dans le couloir sur le canapé
L'autre grande sœur elle se débrouille
Faut dire que quand on a perdu papa
On a perdu aussi des mètres carrés
Alors on vit à 5 sur 30 bien tassés
 
Monsieur Président tu sais
Moi je vais à l'école
La maîtresse est souvent absente
Et rarement remplacée
Faut dire qu'elle fait école
Dans plusieurs en même temps 
Et parait qu'elle est dépressive 
Est-ce que ça aussi 
C'est une maladie professionnelle ?
 
Moi je sais que c'est important l'école 
Pour que plus tard je puisse travailler 
Comme mon père et mon grand frère 
Mais dis-moi Président, vais-je devoir moi aussi 
Travailler dans le noir et mourir jeune ?  
Alors je ne comprends pas Monsieur Président 
Ça sert à quoi la retraite ?
 
Monsieur Président
Tu as une belle voiture
Une belle femme
Et tu fais beaux dîners
 
 
Je ne comprends pas pourquoi
On ne te voit pas plus souvent
Au restaurant du cœur avec tes enfants
Avec ton beau costume
Ta belle cravate
Et tes beaux souliers
Moi je serai content de manger à tes côtés 
Et si ta femme meurt d'une maladie professionnelle 
Tu pourras toujours épouser ma mère 
On te fera de la place au cœur 
De nos trente mètres carrés.
 
 
2011

 

 

 

 

ÉCRIT, CRACHÉ
 
largués entre les pattes des titans de béton
traqués matraqués sous des néons blasés
les mots dérapent en tags sur les murs
fuient comme des oiseaux leurs cages d’escalier
pour aller s'aplatir en saignants bombages
sur les façades malades des ghettos usés
en final shoot sur le pallier
 
1998
 
 
THE COLD CORRIDOR  
 
The Odessa Catacombs
 
Welcome to the cold corridor !
Just click on the white entrance door
We’ll show you tous les mystères, les trésors
All the secrets du corridor
 
Quelque chose qui s’apparente à la …
Chhhhhhut !
Doucement et sans effort
Tout le monde s’endort
C’est si facile
Entre les bras du corridor
Welcome, welcome !
 
Welcome sans remord
Into the cold corridor
Laissez vos corps
A nos communs accords
Just relax, soyez tranquille
Vous êtes à bon port…
 
Welcome à bord
Du cold corridor !
 
2001

 
 
 
HÉMATOME CROCHU  
 
 
photo cg
 
Sous la soie des caresses qui passent
Comme un souffle sur la peau
Quelques larmes attendent
Que le cour devienne tendre
Des pointes s'agitent sous les chairs
Et les font tressaillir
 
La mémoire fleuve amer
Charrie des ombres
Des souvenirs déformés
Des souvenirs inventés
Et tous les rêves trahis
Défilent en longue cohorte
Et viennent la nuit
Cogner à la porte
 
L'amour se kaléidoscope
Vertige poussé
Jusqu'à la nausée
Me voilà toupie folle
Lancée vers
Plus tard
Plus tard
Jusqu'au jour
Où il sera trop tard
 
Toupie emportée par l'élan
Jusqu'à la chute inévitable
Les abimes sont là
N'attendent qu'un tour de trop
Pour nous engloutir
 
Il y a ces oiseaux qui portent
Le message des fleurs sous leurs ailes
Et il y a l'amour qui nous fouette
Jusqu'à la mort
 
Il y a les miroirs qui ne mentent pas
Mais on les a recouverts d'un drap noir
Pour ne pas avoir à supporter
Le trop vif éclat de la vérité
 
 

 

 

ÉCUME DE CHAIR 
 
 
illustr. de jlmi
 
sous le bleu émaillé
d'un ciel en écaille
elle s'étale au cour
des bruyères
 
un mystère
dans les profondeurs
tressaille
le feu exalte l'eau
et la chair évaporée
s'abandonne
à la quintessence
des voluptés
 
corps instrument
doigts mélomanes
prélude à la fièvre
quand la musique
se fait pressante
 
petits boutons de rose
rougissant
 
frissons à fleur de cuisses
douces vagues entêtantes
 
jaillir et jouir
au cœur des bruyères
une femme
vient de naître
 

 
 
Celle qui manque
 
(extrait)
 
 
Des dents qui rentrent vers l'intérieur de la bouche, 
comme pour mieux se cacher, disent au contraire : 
"ne faites surtout pas attention à moi, je n'en vaux pas la peine".
Estelle Vereeck, 
docteur en chirurgie-dentaire, 
créatrice de la méthode et du langage des dents
 
  Suture                                                                                       photo cg
 
 
L’harmonie est un art monial.
 
Un clin de pierre, pierres oculaires roulées par des rivières de sel. Rêve, poésie. Le manque creuse ses igues, parfois rien n’arrête la chute.
 
L’insipide. Je suis l’insipide, la dissolue, l’absente. La béante anéantie.
 
Je n’ai pas eu le sésame, le code, le passe pour me faire une place en ce monde, alors j’en ai claqué la porte. Toute petite, j’ai appris que seuls les disparus sont aimés, aimés à leur juste démesure. Le trop vif dérange.
 
J’ai voulu disparaître pour être enfin née. Disparaître pour que dans le seul souvenir, l’amour puisse grandir.
 
 
 
Les mots clés ont des serrures.
 
Allô Freud, Jung, tous les grands sorciers ? Allô papa ? J’ai voulu vomir l’amer en moi.
Bilan clinique : encline au déclin. Se réveille en blocs de poussière.
 
Cette peur du vide alors que rien ne s’écrase, tout se fond. Jouissance de la goutte qui rejoint l’océan. L’écorce abandonnée, splendide nudité.
 
La main a des yeux. Dedans mordre délicatement. Faire le vide, dedans, autour. Rien ne sert de courir après l’autre s’il n’est pas prêt. Descendre, faire confiance.
 
Je ne suis toujours pas guérie.
 
 
 
Si j’écris donc, je vais mot dire. Cris, clameurs, siècles, foules et le chuchotis d’une fleur.
 
C’est vrai, un rouge-gorge peut m’arracher des larmes. Une mésange au soleil. Du pain trempé, une flaque d’eau. Douce lumière du présent parfait. Le sourire intérieur s’épanche aux lèvres.
 
Partager ? Alors j’écris, je te parle, du fleuve, du cœur. Je te parle du labyrinthe et je crois savoir que tu m’attends là. Au centre, au cœur de la cible.
 
 
 
 
Noces dans un jardin adossé à la dormance. Érosion de l’épice. Mon nom tracé au parfum.
La conscience décousue rayonne. Une volupté violente gicle des fissures d’enfance.
 
Tout se fond, se confond, ombres dans la nuit. Périple vers la gorge douce et verte des grottes tapissées d’eau. Le château et la source, autobus de mes rêves, bouton à presser d’un blanc de lait.
 
Je cherche un lieu qui me cherche. 
 
 
oOoOo  

 

LA VOIE LÉGÈRE

 

La voie légère                                             technique mixte cg

 

 

Arbres, plantes, pierres, étoiles

Oiseaux, rivières, chemins cachés

Je me tais

 

 

J'apprécie mes semblables sans chercher leur foule

Notre attention s'épuise vite, toute affirmation nous limite

Ce que nous donnons dessine

Les rives de l'amour

 

 

Je me tiens en équilibre juste mais précaire entre question et silence

Je trace ma voie légère sur les pistes du papillon

Chaque idée est une fleur, médecine ou poison

Le cœur est au centre, rythme, pulsar

 

 

Ma vie comme une danse, les mains en coupes

Donner recevoir, faire circuler l'énergie

Je ne suis dupe ni de moi ni de personne

Je baigne dans une complète ignorance

 

 

Le lait de la peur bien souvent me brûle la gorge

Mais le chant d'un oiseau me fait vaste comme le ciel.

 

 

oOoOo  

 

 
 
Le Chant de la Vieille
Corps tordu
Incendie
Calcinée
Je suis
 
Soumise
Tel fut mon satori
Ma beauté demeure
Hors de ta portée
 
Vie et mort
J’ai la connaissance
Des profondeurs
C’est pour cela
Que le serpent m’a aimée
 
Toutes les bêtes
M’ont apprivoisée
Pattes griffes
Plumes toisons
Je règne animale
Sur toute la création
Ma flèche touche au cœur
Tout prédateur nommé homme
 
J’ai initié bien des peuples
Qui m’ont nommé lunaire
De la génisse à la brebis
Pour m’asservir
Nombres de lois
Ont été dictées
Mais joug après joug
Je demeure l’Indomptée.
 
Je parle la langue des oiseaux
Qui lisent dans mon cœur
Les mauvais augures
Ne portent pas de plumes
Mais des bâtons cracheurs de feu
Des couteaux et des bombes
 
Au commencement des temps
J’étais déjà penchée
Sur le berceau de l’humanité
En moi était contenues
L’empreinte de toute forme
Et la mémoire des abysses   
 
Ma puissance est immense
Je suis la porte des mondes
Je suis le cobra
Prend garde humain
Si tu ne respectes pas l’équilibre
Tu seras balayé pulvérisé
 
A genoux homme
Ferme les yeux
Ouvre ton cœur
Ton sexe est sacré
L’as-tu donc oublié ?  
 

  

                                                                                            illustr. de jlmi

 
Aller viens danser avec moi
Sens-tu sous tes pieds
Le frisson des racines ?
Sens-tu le rythme du vent
Les tourbillons de la sève ?
Viens danser avec moi
Viens sentir l’étreinte
Et la lune dans nos veines
 
Je connais les partitions du frisson
Et les passes secrètes
Qui font du plaisir
Un art sacré
 
Je connais les paysages intérieurs
Des quêtes et des illuminations
Vers le nord hypothétique
Je vois au loin sur les plaines
La lente pérégrination des hommes
 
Pour se connaitre
Il leur faut pénétrer la terre
Eriger des totems
Pour ensemencer les cieux
Mais ils se trompent
Et n’encensent
Que faux dieux.
Pour me connaître
Qu’ils suivent la piste
Féline.
 
Ils pourront me trouver aussi
Nue et lisse au creux des pierres
S’ils posent leur oreille
Contre les os de la terre
Ils entendront battre
Mon cœur
 
Je suis l’innocence faite chair
Mais ne te laisse pas bercer
Par la douceur de mes courbes
Une part de moi ne dort jamais
Sous le regard de l’Eveillée
Tu es nu comme un nouveau né
 
Mystère et magie
Art des saltimbanques
Depuis le début des temps
J’accompagne les nomades
Car mon nom est mouvement.
 
Je suis la première et la dernière
Sœur amante mère épouse
Je suis toutes en Une
Et Une en toutes
Je suis la Voie du cœur
La voix enchanteresse
De la chair.
 
J’ai pouvoir de vie et de mort
Tant de fois j’ai enfanté les ténèbres
Huilé la nuit de mon corps
Je suis le serpent primordial
Qui enlacera le monde.
 
 
Après tant de siècles à m’humilier
Comprendrez-vous enfin ?
Jamais vous n’atteindrez
Mon noyau, mon essence
Je suis un diamant incorruptible
 
 
Du premier au dernier de tes jours
Je te prends contre mon sein
Te berce dans mes bras
Et toi Homme ingrat
Tu me mords jusqu’au sang
 

 

 

  oOoOo

 

Trans(e)création    (bref extrait)

J'aime le jasmin, la liqueur de lotus, le nectar des rêves et le miel de la mer.
J'aime les mots, ces alcools, que l'on découvre parfois au fond d'un placard oublié.
 
Ruissellement, dérive et déborde pour me fendre folle arc en joie, copeaux de chair et recoudre les lambeaux de mes nerfs.
 
J'ai mordu, bafouillé comme d'autres se lovent et jouissent. J'ai camouflé ma soif dans une cargaison de vertige. Trouvé dans le caniveau, une pépite lustrale.
 
Sur les crêtes frontalières, j'ai fait récolte de courbes sereines. Amulettes fertiles. Clarté rayonnante. Trouvé le noyau de la féminité caché dans les arbres.
 

Moon'ch                                                                 ill. de l'auteur

 
Des cavales et des transes, j'ai gardé l'authentique insolence de la pulpe. Ce tremblement des nuques, embuscade hypnotique. Méandre où se coule la joie inconditionnelle.
 
Dans ma soif, j'ai la vision d'un oiseau ensorceleur posé sur la branche haute d'un cèdre.
 
 

 

oOoOo  

 

Pour des miettes !

 
Il y a de l’eau fraîche sous la fange, un clair venin d’apparence.
Apitoiement circonstanciés, larmes de croco...
Pour mieux vous croquer les marchands d’espoir vous ont vendus petit bout par petit bout.
Mensonge nectar de vos peurs voraces
 
Vous voulez l’eau claire qui coule sous la fange ?
 
A genoux vous creuserez sous les coups les plus bas.
A terre vous demanderez pardon pour boire encore, ne serait-ce qu’une goutte à la source miracle.
 
Bouffons hagards au banquet des reptiles, vous vous massacrerez pour des miettes.

 

oOoOo  

 

 

Les Pistes du Rêve    

in Mystica Perdita

poème chorégraphié en « solo atmosphérique » 

et interprété comme une pièce de butô 

par Sèverine Delbosq, Cie l'Essoreuse

 

 

 

 

Défaire le crépuscule
Glisser dans les reflets renards de ses draps

Fixer l’horizon par des pointes d’améthyste
Le laisser sécher à la lune

Tracer un paysage au fusain de la langue
Compter les brûlis sur la peau
Les innombrables feuillets de nos masques pâles

Regarder fondre la vitre du réel
Ses reflets d’huile sur l’étendue de neige

Le roulis des roseaux
Grand soleil rouge à l’horizon brûlé

La neige est une plage de coquillages nus
Où les serpents marins
Sifflent des inconnues

Naître reconnaître dans les clameurs des sirènes
Les voix balbutiantes des poètes

Songes de sable
Châteaux d’écume
Nager dans leur trouble

En poissons de sang  

 
 
 

oOoOo  

 

 

Je n'irai même pas cracher sur vos tombes

cracher
la blessure originelle
qui ne guérit pas
ne peut guérir

juste vivre avec
et ainsi soit-il alléluia
marcher dans les rangs
port obligatoire
du masque social

qu'est ce qui me retient donc de m'en défaire ?

décliner une identité
comme on décline
une invitation

oui nos vies
ne sont que romans de gare
qui n'ont jamais obtenu de prix

pas de prix la vie
pourtant elle se vend s'achète
à tous les coins de rue

peut-on marcher sur des corps
sous prétexte qu'on ne les sent pas
sous ses semelles ?

et sinon à part ça ?
parler de choses plus gaies
plus intéressantes
se faire des politesses

sur des corps piétinés tellement oubliés
qu'ils en deviennent invisibles
inexistants

anonymes

jusqu'au jour où ces corps là se relèvent
pour devenir combattants de la déveine

jusqu'au jour où ces corps
reprennent consistance
par la violence
pulvérisent le sens
jusqu'au non sens

alors ON a peur.
alors ON s'indigne
ON proteste

balbutiements d'intérêt.
la violence n'a jamais été une cause
seulement un résultat

noyer diluer sous des flots de paroles
qui ne communiquent rien
seulement du bruit
du vent du paraître
de la culture vaine
puisque rien ne se fait
rien ne change

l'érudition étalée comme une pâte
trop grasse
sur la tranche maigre des jours

prétentieuse omniscience
rien ne sert de savoir la leçon
si elle demeure non appliquée

tout ça
ne sert à rien
sans le cour sans l'humilité
sans véritable soif de justice
pour TOUS

tout ça ne sert à rien si on ne sait pas
toucher à mains nues les plaies du monde
boire au même goulot que les parias
s'immerger dans la merde

moi non plus je ne veux pas !
je ne veux plus.

la merde aussi est un résultat
c'est l'hiver
des gens vont geler dans la rue

vous les férus d'Histoire
de quelle histoire
faites-vous donc partie ?
de celle qui a enfanté
la sale gueule du monde
d'aujourd'hui ?

celle qui ferme les yeux
s'entête jusqu'à l'absurde
enrobe la lâcheté
de discours prétentieux
déguise la peur
sous des airs de raison ?

chèques de désinfection
soupirs de circonstance
à la grande messe médiatique
c'est important de se tenir
informés.

et pendant ce temps les enfants des enfants
deviennent cruels
ce n'est plus un fossé mais un abîme de néant
qui nous sépare

le mépris n'est qu'un faible rempart
l'orgueil isole
la souffrance nous rattrape toujours
et dans le miroir qui m'est tendu
je ne peux grandir

je ne peux faire que fuir
et me cogner dans les angles..

cracher
cracher sans cesse
pour ne pas étouffer
de rage de haine
cette immense peine
sortie sanglante et nue
d'un ventre froid

était-ce le tien
ou bien celui du monde ?    

 

 

 

Parcours poético-précaire                inédit

  

 
Dissonance - dessin de Cathy Garcia   ©2008

 

Pour être autorisé à faire quelque chose, il faut l’avoir déjà fait.

Où finit l’autorisé ?

Où commence le faire ?

 

Pour être, il faudrait arrêter de faire, mais si on ne fait pas, on est « rien ».

Rien. Serait-ce l’accomplissement suprême ?

 

Le rien, le vide, pro-matière, n’est-il pas la source originelle de toute énergie ?

Contenant et contenu, énergie inépuisable du Tout.

 

Mais ne nous égarons pas.

Il faut pouvoir prouver ce que l’on est.

Il faut légaliser ce que l’on fait.

Sinon on est hors.

La loi.

Du monde.

Mais en soi ?

Pour être intègre, il faut se désintégrer.

Pour s’intégrer, il faut lécher combien ?

Combien de centimètres les incisives ?

 

Je SUIS, toujours avec cette désagréable sensation de n’être pas en règle.

Déréglée, hors du temps, avec le temps absolu comme démesure.

Le but n’est qu’argent.

Tout est bon pour faire de l’argent.

Le bon faire c’est faire de l’argent,

Le reste est fainéantise, parasitisme.

 

L’art qui fait de l’argent

La culture qui fait de l’argent

La littérature qui fait de l’argent L’humain qui fait de l’argent Est reconnu utile.

 

L’art, la culture, la littérature, l’humain sont inutiles.

Seul l’argent leur donne consistance.

Que faites-vous dans la vie ?

Mais que fait la vie en moi ?

L’activité est commune à toutes les espèces vivantes.

Seul l’humain transforme l’activité en valeur qui donne une valeur à l’activité.

Autrefois j’avais un métier.

Pour certains déjà ce n’était pas un métier, mais ce métier rapportant de l’argent, comme un chien rapporte une pantoufle à son maître, c’était tout de même un bon métier, bon chien.

Parfois on me demandait, les jours de montage, tenaille en main, et sinon vous faites quoi dans la vie ?

Mon métier pouvait ressembler à un amusement pour ceux qui peut-être n’aimait pas l’activité qui leur ramenait leur pantoufle.

Mon métier c’était « artiste dramatique », c’était la case à cocher, la référence à l’agence nationale pour l’activité rapportant de l’argent, mais ça ne correspondait pas réellement à mon métier, car cela n’avait rien de dramatique.

Par contre, il est vrai que c’était plutôt artistique, le théâtre de rue, malgré les tenailles, le fil de fer, les palettes, les camions à charger et décharger. Le soir je lâchais la tenaille, me lavais les mains et grimais ma figure pour faire ce qui aux yeux de beaucoup, était un amusement. Pourtant je vous assure, amuser les autres n’est pas toujours drôle.

Aujourd’hui je ne m’amuse plus pour de l’argent.

Je ne manie plus la tenaille non plus, ou alors juste pour arracher le bouchon plastique de la bouteille de gaz.

Aujourd’hui je n’ai plus de métier.

Je sais toujours faire ce que je faisais, je sais toujours très bien chanter, même mieux encore, mais aujourd’hui je n’ai plus de métier. Je n’ai que des souvenirs.

Aujourd’hui je suis poète mais ça n’est pas un métier et ça ne rapporte aucune pantoufle.

Je ne fais pas poète, je suis poète.

Toujours artiste aussi d’ailleurs car je ne suis pas du genre à pouvoir rester sans créer.

Oui mais créer ce n’est pas un métier.

Peindre sans être peintre, photographier sans être photographe, polir des cailloux, sculpter des bouts de bois sans être sculpteur, faire des tableaux virtuels sans être graphiste, chanter sous sa douche, apprendre tous les jours un peu plus, ce n’est pas un métier. Avoir plein d’idées non plus ce n’est pas un métier.

Et la poésie alors là c’est le bouquet !

La poésie, ce n’est pas sérieux surtout si en plus elle n’est pas déclarée.

Et oui ! Je fais de la poésie non déclarée et pourtant j’ai l’audace de me déclarer poète.

Je sais ce n’est pas un métier.

Dites, vous n’auriez pas une pantoufle ?

 

 

Cathy Garcia, le 13 octobre 2008

*** 

 

Jardin du Causse

extrait de la 7ème visite
 
jardin du Causse
tout en haut
la serre
abrite un air
de méditerranée
palmier
yucca
figuiers barbares
quelques cactées
et le cyprès
l'arbre de l'enfant
planté racines
dans le placenta
ils grandiront ensemble
chacun élancé
vers sa part de ciel
d'espace
sa part de rêve
dans la serre encore
l'absinthe tarnaise
émigrée sur le causse
un brin d'amertume ?
potager somnolent...
y aura-t-il cette année
semis ?
récoltes ?
 
© Cathy Garcia 2005
 

***

 

extrait des Chroniques du Hamac

 

Le hamac est à l'ombre

 

alors je le trompe

avec la terrasse

où le soleil goguenard

se prélasse

 

poète artiste

dénomination

une forme

d’incarcération

 

un être humain

est artiste poète créateur

et toujours con

bien plus que la lune

qui baigne dans le houblon

 

c’est l’automne

la poésie vole

c’est écrit partout

dans les cahiers d’école

 

la poésie

poudre de craie écrasée

auréole d’encre crotte de nez

a des tâches de rousseur

sur le cul et sur le cœur

 

la poésie il y en a qui l’écrivent

d’autres la peignent

en font des films

des sculptures

des musiques

 

d’autres n’en font rien

la dégustent simplement

 

la plupart oublient de la vivre

 *** 

                       Noces Pourpres

Je suis revenue
tenter avec toi l’alliance
des ronces et des roses
 
imaginer un futur
dans le limon noir
de tes yeux
y puiser un parfum
de racines
 
d’un plaisir brut
patiemment épluché
prendre des leçons
d’abnégation
d’humilité
 
dans le pli de mes rêves
au bout de ta jetée blanchie
s’emperlent nos accrocs
 

ma fleur de soif vêtue 
à ta paume offerte
nos fièvres d’écume
de nacre de coraux

 
profondeurs
secrètes
façonnées
de peau
et d’âme
 
la folie
du NOUS
sous nos draps
de ciel éclaboussés
au grand
TOUT
précipité  

mai 2008  

 

 

...& Dérivés

 

Calepin paisible d'une pâtresse de poules (inédit - extrait)

Être paix perle poème
Passion potion partage
 
 
L’hiver se meurt. Je le sais, je le sens. Le soleil s’épaissit comme un miel, sa douceur et son or sont des baumes. Avec lui, revient l’élan, l’élan contenu, encore retenu sous la terre froide et lourde.
 
Le buis brille comme un buisson ardent, le chat couché au pied, lisse sa fourrure d’hiver. Le chat en rond, les oreilles pointées. J’entends moi aussi les pépiements cristallins des petits, si petits oiseaux, perles de ce coffret de nature. J’écoute le son froissé, déterminé, des poules en vadrouille gastronomique, championnes au grattage. Madame Wong, la naine de Pékin, Cerridwen la gauloise, Falbala la gasconne, toutes trois noires aux plumes irisées de bleu, de vert ou d’indigo et puis Kâla, la géante Brahma avec sa tapisserie persane noire et or.
 
Des poules magnifiques, reines de ce bout de causse où la vie ne cède pas au marasme. Non, elle ne cède pas !
 
Ma fille, vieux blouson jaune, bottes de caoutchouc rouge, toujours plus consciente, témoigne du paradis. Elle y a son arbre.
 
Dieu que c’est bon d’être assise là au soleil, en pâtresse de poules, au milieu de toute cette beauté ! Un léger vent, un esprit bienveillant pose sa main sur mon front. Le sourire est là, à portée de lèvres, il affleure comme une source. Il vient du cœur. Ce cœur à cajoler, à déposer sur la mousse. L’hiver se meurt, je le sais, je le sens.
 
Ne pas chercher. Ne plus chercher, simplement faire de la place pour accueillir.
 
Le chat se déplace avec le soleil, c’est un chat qui aime l’ombre et l’humidité. Il a toujours été comme ça. Il observe les poules, puis Zorah sur son arbre perché.
 
La compagnie des animaux m’apaise. La nature dorlote mon âme.
 
Ma fille m’offre une feuille, comme dans « Jardin du causse » que je lui lis en ce moment, pour la première fois. Nous voyageons toutes deux dans le temps à bord de mon écriture. Elle sert au moins à ça… mais depuis quelques temps je perds les mots, comme une fuite de mots. Peut-être ne viennent-ils pas tout simplement parce que je n’ai plus le temps de leur donner rendez-vous. Pourtant, les mots s’en passent habituellement, ils se pointent n’importe où et n’importe quand, par n’importe quel temps.
 
Zorah se roule sur maman Nature, ça aussi elle l’a attrapé dans « Jardin du causse » et elle me demande si elle est la seule à avoir aussi maman Nature.
 
Les reins du chat sont parcourus de spasmes nerveux. Cerridwen la plus espiègle, pour ne pas dire la plus peste des poules, vient gratter un peu trop près de lui. Elle le fait clairement exprès. C’est aussi elle qui me prend pour son coq, ou du moins qui m’utilise faute de mieux. Je ne rentrerai pas dans les détails, mais il n’y a rien de scabreux là-dedans, soyez-en assurés.
 
Yaqui, le chat, vient de dire quelques chose à Cerridwen qui visiblement accepte de s’écarter un peu.
 
Je suis allongée par terre, ça faisait longtemps… L’hiver, ce contact avec la terre-mère me manque. Là, je m’emplis de ce qui est encore caché, le soleil me réchauffe et le ciel me couve d’un bleu virginal.
 
Cette nuit j’ai rêvé de bleu et d’une statue de Vierge, que je voyais au loin sur une colline, illuminée dans la nuit. Une Vierge brésilienne, au sang métissé. Une Vierge de feu et de terre.  
 
illustration CG
 
 
Ici et maintenant, je regarde autour de moi. Je vois une branche morte de genévrier couverte de lichen menthe glacée, une autre branche desséchée d’une plante dont j’ai oublié le nom, aux feuilles armées de piquants, puis éparpillées au sol, toutes les feuilles mortes des chênes et de fines touffes de chiendent. Et le calcaire, comme des îles sur une mer démontée.
 
Cerridwen est venue se faire gratter les fesses, s’en repart satisfaite. Elle s’est désignée elle-même comme favorite. Le chat qui avait changé de coin et se croyait tranquille est de nouveau entouré par les gratteuses qui ont l’instinct grégaire. Kâla s’est installée comme lui, à l’ombre mais Cerridwen elle, lui tourne autour. Yaqui miaule son agacement. Cerridwen compte bien être la chef de toutes et tous.
 
Les poules montrent leurs croupions, le chat se lèche les roubignoles, la nature est à son aise.
Zorah fait de l’art plastique, dit-elle, une maison land-art pour les insectes. La terre sent le cuir, le vieux cuir bien tanné.
 
Tout à l’heure, en revenant de Cajarc, j’ai vu en bord de route à La Toulzanie, un coin où la terre était vêtue d’un duvet vert émeraude éblouissant, et ce fut donc la confirmation : l’hiver se meurt.
 
Ma vie est très intense mais sous l’apparence du « il ne se passe rien » et s’il ne se passe rien, qui donc aurait envie de lire ce qui ne raconte rien. Pourtant un mouton « mmmmaaaaais heu» et un chien aboie. Une enfant parle et il y a des moucherons plein le ciel. Une créature est même passée très vite sur le muret, là où la mousse est verte comme une robe de fée. D’ailleurs, le saurais-je jamais si la créature était une fée ?
 
Tout ce qui furète, grignote tout alentour, c’est le rien qui passe. Un oiseau, le frou-frou de ses ailes… Dans le buis, il y a un elfe, si je tends la main, il la caresse.

 

De Tchernobyl aux vieux tracteurs

( liste de mots clés utilisés par les visiteurs du blog http://delitdepoesie.hautetfort.com )

tchernobyl enfants
ex-vagus
exemples de visions hall-
exposée des soleils des indépendances
la naissance de l’école anomaliste
le bœuf qui pleure
petit poésie du fromage
poésie pour les professeurs
poésie sur tact
tatouage main
gros cul
insoutenable
automutilation
abattoir de-
bouquet de fleurs en pointe
jeune homme mosquée
carte poème pour ma sœur
chanteurs arabes pornos
poème de l’amour parfait
hammam mosaïque
animaux génétiquement modifiés
système d-
anse à veau sud haïti
timbre fleur
dessin des rosiers au jardin
jeu d’amour
ce qu’il y a en face de la case de la panaderia en Espagne
lilith defile
vieux tracteurs

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Calepins voyageurs 

Journal intime en tournée

1997-2002

dessin et photos de l'auteur

"Fragments d’images. Fractions d’espace. Un simple regard.

Le mien. Perspective, introspective, rétrospective."

(extraits)

 

Avril 1997
 
L'espace dévoré par le monstre qui court la campagne, chevauche la brume, glisse sous les ponts fantômes qui grincent les nuits de grand vent !
L'espace, avalé, digéré, dégénéré ! Étouffé par la dilatation industrielle, dont les organes croissent et se multiplient. Maudite engeance aux veines bétonnées qui vomit ses tripes à l'air libre, la bouche grondante, avide.
Arbres, pauvres colosses meurtris, noircis par un poison invisible, dignes vieillards qui tendent leurs bras décharnés vers les colonnes de fourmis multicolores, flèches folles lancées sur un périphérique mortel !
Folie mégalomane du peuple pâle, le pied sur l'accélérateur, désespérément, comme pour se hâter vers la fin.
Tendres pousses vertes qui persistent à honorer le cycle de la vie.
Pour une goutte d'eau, un grain de poussière, il y a encore de l'espoir dans l'univers des possibles ! Merveilleux éclat de rire qui résonne.  Pour combien de temps ?
Nous assistons peut-être bien au dernier acte, encore faudrait-il avoir compris quelque chose à l'Histoire, avant que le rideau ne tombe et ne nous laisse à l'obscurité, avant de sentir la course des rats perfides sur nos membres affolés,  l’instant glacial qui précède les premiers hurlements…
Un grand mur nous attend au bout de la piste, élan aveugle, le plus impensable des génocides. Qui n'a pas son ticket-suicide ?
Nous devrions bondir hors de nos fauteuils, de nos maisons, de nos prétendues vérités, ces absurdes certitudes que nous brandissons avec tant de fierté, dont nous nous parons avec le plus sérieux des ridicules !
Dignité foulée au pied, seule compte la marque des chaussures.
Nous devrions rougir, mais seuls colère ou plaisir font monter le sang aux joues du peuple pâle, aussi conditionné que l’air qu'il respire, à l’ombre du béton et des conventions.
Nous devrions hurler à nous en faire éclater les poumons mais l'argent est un bâillon confortable… Le silence est d'or et je pèse mes mots, sur une balance truquée. 
La mécanique rugissante nous avale toujours un peu plus.
Nos vies jetées en pâture entre ses mâchoires broyeuse, sous le sigle noir du progrès.
Nous voici complices de la plus sinistre des plaisanteries. L'Homme pousse l'arrogance jusqu'à croire qu'il peut se passer de lui-même !
Peuple pâle, peuple mutant, aurons-nous assez de force pour applaudir à la fin ou bien est-ce que nous allons pleurer comme des enfants devant l'irréparable?
 
ill source cg
Pologne, en route pour Gdansk
 
Combien de fois parcourue la Pologne ?
Plates étendues désolées, tapis d'herbes sèches, trous d'eau saumâtre. Rails abandonnés qui courent le long de la route cahotante. Armées fantômes, les arbres dressent leurs squelettes noircis par l'hiver. Maisons brunes comme terre. Petite vieille en manteau noir, fichu coloré, occupée à rafistoler une palissade vermoulue.
Forêts de sombres résineux, tâches blanches, vestiges de neige éparpillés sur le sol dur. Anciennes friches industrielles, carcasses de ferraille rouillée. Le passé révolu.
Gros nuages, ventres lourds, haillons de ciel bleu. Petits jardins, poules, oies, lapins.
Des couvertures délavées sèchent au vent dans une cour boueuse.
Troncs d'arbres abattus, leur chair nue entassée sous le soleil pâle. Champs labourés, vieilles charrettes bricolées. Paysage monotone et mélancolique. Petits cabanons de fortune, écrasement de tôle usée.  
Réminiscences du siècle passé accrochées aux bâtiments de rouge crasse, couche épaisse de grisaille muette.
Trois gamins dépenaillés traînent autour des véhicules. Espiègles petits bonhommes, portant déjà sur leurs figures crispations de dépit, plis de combats.
Élevés à la dure ou poussés tout seuls, mauvaises herbes dans la boue et la poussière ? Sans peur et pleins de rêves…
 
Arrêt bouffe. Omelette grasse et caoutchouteuse dans une grande salle aux rideaux vert émeraude, accordés aux nappes et aux serviettes en papier. Lambeaux fastueux d'un rêve déchu. Le capital vient frapper à une porte déjà fracturée de l'intérieur.
Nouveaux espoirs, nouveaux désirs !
De la poudre aux yeux et dans la bouche, l'amertume mêlée d'envie.
L'espoir et sa compagne, la misère…
Leur tendons-nous la main pour mieux les entraîner dans notre chute ?
Combien s'enrichiront et combien de laissés pour compte ?
Petits bars, petits cubes déposés au bord des routes. Le kawa à deux francs, de la même couleur que la soupe. Atmosphère d'abandon.
Couvercle accablant du ciel, flaques miroirs. Quelques hôtels récents espérant les touristes, tristes à mourir. Vitrines désertes.
Les passants, regards durs, marchent tête basse.
Le poids de l'Histoire, de l'alcool, de la fatigue, mais la blondeur des filles rayonne, soleil !
Beaucoup de moustaches, de bonnets, de chapeaux de toutes sortes. Les femmes mûres forcent sur le maquillage et les teintures. Les immeubles sales arborent la blancheur des paraboles aux balcons. Façades décrépies, malades...
 
À nouveau la forêt, austère, celle des loups d'autrefois, puis un peu plus loin des amanites de tôle rouge et blanche plantées dans un jardin !
Pub bidon, panneau publicitaire en relief exhibé au bord de la route. Totem absurde, dédié à la consommation.
Nids de cigognes - vrais ou faux ? - posés au sommet des pylônes électriques.
Une croix de bois où s’entrelacent des guirlandes et des fleurs, de l'espoir jeté vers le ciel. Un tank sur une stèle, monument à la mort ?
Une petite croix blanche dans le fossé.
Prêter l'oreille aux sanglots fantômes qui s'accrochent aux buissons, comme les poches en plastique qui claquent au vent, pleines de vide...
Tombes de bois cloué dans un cimetière. Encore une cigogne… En véritable plastique ? Encore une croix enrubannée.
Périmètre urbain, grosses tuyauteries grises, hautes cheminées, publicités, lettres multicolores et racoleuses. Vieille dame très chic en manteau gris souris, col en fourrure. Multitude d'antennes paraboliques, champignons des cités.
Magasins clos, grilles baissées.
Un homme en treillis, casquette assortie, une remorque de fortune attelée à son vélo, chargée d'un énorme sac de patates. Un autre homme dépose du charbon à la pelle dans une cave d’immeuble.
Sculptures de béton cauchemardesques, censées représenter quelle culture?
Mouettes dans les champs, nous approchons de la Baltique.

 

 

Fin mai – début juin 1999

 

Cambodge.
Si je ne tiens pas compte de l’aéroport de Bangkok, le Cambodge est le premier pays asiatique où j’ai mis les pieds. A peine arrivée, me voilà submergée par un flot d'images, d'émotions et jamais auparavant je n’avais éprouvé aussi fortement ce sentiment : celui d'être une étrangère !
Expérience que je souhaite à tout le monde de vivre au moins une fois.
Nous sommes venus jouer Don Quichotte à Phnom Penh ! (*)
Capitale aux ruelles de terre battue, jonchées de détritus, de bouis-bouis enchevêtrés, pleines de parfums, de relents et de miasmes douceâtres. Des rues transformées en marécage à la moindre pluie, la moindre pluie étant torrentielle !  

Atmosphère lourde, parfois suffocante. Un nombre incalculable de moto-taxis et autres petits véhicules, vrombissent dans un formidable désordre, soulevant des nuages de poussière, tassés sous les chargements divers les plus invraisemblables : petites familles, cochons, matelas, empilement de plats cuisinés défiant l’équilibre...
Étals de fruits multicolores sous le soleil ! Appétissant mais parfois risqué... Tant pis !
Les gens sont vêtus simplement, couleurs neutres. Manches et pantalons longs protègent des morsures du soleil et des moustiques, quoique en ville il n’y ait pas de quoi être parano. Cela évite aussi probablement de se brûler sur les pots d'échappement des meutes de taxi-motos, ce que je n’ai pas manqué de faire à deux reprises, une pour chaque mollet…
Les têtes se protègent du soleil avec toutes sortes de couvre-chefs dont le fameux krama, foulard à petits carreaux en divers coloris qui se vend sur les marchés.
Il n’est pas nécessaire de s'agiter partout pour voir, simplement s'asseoir dans un coin et affûter son regard afin de le rendre le plus pur possible, dépouillé de toute image préconçue.  
S’asseoir au pied d’une colline miniature où se dresse un temple, observer l’éléphant triste qui en fait le tour pour les rares visiteurs. S’arrêter auprès d’un arbre de légende, au tronc immensément large, qui abrite dans l’entrelacs de ses racines, d’un côté un temple miniature où fument des bâtonnets d’encens, et de l’autre un petit bouddha en lotus sur un socle, orné de couleurs si vives, rose dominant, que l’on pourrait croire à une pâtisserie orientale ! 

Il y a aussi une grande coupe peinte, en forme de fleur de lotus et des offrandes. Surtout ne pas y toucher. Respecter ce qui est sacré pour autrui, même si nous ne comprenons pas, nous pouvons au moins saisir la beauté, elle transcende les cultures. Moi j’y cherche les traces de ce que je ne connais que  par des lectures et quelques années de yoga. Je cherche.
Parcourir lentement un cimetière vaste et vivant comme un village, passer la main sur la pierre lisse des innombrables stupas aux formes admirables. Certains ont été peints en blanc ou safran flamboyant, ils sont reposants et parfaits. Contre une bâtisse, il y a de longues barques retournées en attente d’être réparées, leur coque rouge est joliment décorée de motifs polychromes. Il y a du linge étendu un peu partout, des jarres immenses pour recueillir l’eau.
Bouddha omniprésent, en lotus, en pierre ou en peinture, toujours paisible, sourit, parmi les volées d’enfants pépiant. Sentiment d'une paix presque trop palpable, d'une douceur qui cacherait mille petites violences...   

De jeunes moines safranés vivent là. J'en croise un, tout juste adolescent, qui fume une cigarette. Peut-être une cigarette « Alain Delon », pour lesquelles certains murs de la ville font de la publicité… Nos stars nous étonneront toujours…
Dans les rues, le jour, la nuit, des petits princes en guenilles aux sourires éblouissants ramassent des restes de nourriture dans des poches en plastique. Il y en a un que j’ai revu plus d’une fois et que je n’oublierai pas, pas plus que je n’ai oublié certains gamins de Sao Paolo, Rio ou Belo Horizonte.  
Il y a cette gamine aussi, sale, turbulente et pleine de vie qui traîne toute la journée avec des garçons de son âge du côté du stade, c’est elle la plus effrontée. Elle me fascine, une petite « rom » cambodgienne ! Sept ans, huit ans ?
Trop fière pour accepter des friandises de la part d’un homme étranger, même s’il parle sa langue mais déjà femme en acceptant de garder mon chapeau. Il lui va si bien et je la vois les jours suivants, galoper pieds nus avec le chapeau sur la tête, elle ne le quitte plus. Et moi c’est son regard de sauvageonne qui ne me quitte plus ! Je ne peux m’empêcher de me demander ce que la vie lui réserve… 
Il y a aussi ces enfants qui jouent toute la nuit pendant que leurs parents dorment sur le trottoir, un jeu avec des chaussures, les règles ont l’air précises. Je peux les voir de la fenêtre de ma chambre. Je les observe longtemps.
Il y a encore cette adolescente vietnamienne qui vend des hamacs filets, chaque jour devant la porte de l’hôtel. Elle non plus je ne l’oublierai pas.
A tous les coins de rue, le regard  s’éblouit sur des jeunes filles d’une beauté incomparable, sans artifice.
La pauvreté n'est pas exempte de dignité, c’est la misère qui est inacceptable!
Des hommes, des femmes, des enfants mutilés, il y en a beaucoup, les mines...
De fabrication française peut-être ? Ces gens là mendient dans les rues.
Que pourraient-ils faire d'autre, dans cette société encore essentiellement rurale où les mains et la sueur sont les outils de la survie ?
Donner ! Donner car «  tout ce qui n'est pas donné est perdu » mais plus je donne et plus il y a à qui donner, de quoi en avoir le vertige !
Je ne pas la prétention de sauver le monde, je n'ai pas de mauvaise conscience à mettre en paix, simplement un peu d’amour et la chance d’être née du bon côté.
J'ai vu les rizières où les enfants se baignent, frêles tiges de peau brune, pleines de joie et de soleil. J’ai vu les buffles couleur parchemin et les paysans avec leurs grands chapeaux de paille, qui lentement à travers les siècles et les rizières, s’acharnent à pousser la charrue. Juste de quoi assurer la subsistance d’une famille mais jamais plus et trop souvent pas assez… 
J’ai passé ma main sur les côtes douces et efflanquées d’un bufflon, couché au milieu d’un chemin, dans ce hameau, ce campement dans la forêt près des rizières, où une jeune adolescente rêve de vivre à la ville et ne choisira probablement pas son mari ; où les enfants s’inquiètent de ces étranges étrangers venus acheter des feux d’artifices artisanaux fabriqués là en famille pour les fêtes populaires. Insolite est un mot trop faible pour décrire la situation. Unique ! Je ne suis pas prête d’oublier.  

J’ai vu aussi le large Mékong, -ai-je fait un vœu ?- ses eaux boueuses, ses rives sauvages où les bateaux amarrés m’évoquent d'anciennes gravures. Ces bateaux dispersés tout au long, où s’entassent les familles et où les filles attendent le client, parfois un étranger de passage…
Combien y a t'il de petites fleurs trop vite fanées en Asie, quand bien même les femmes là-bas seraient différentes des Occidentales ?
Elles seules pourraient répondre, mais qui les interrogera ? 
Un repas chez l’attaché culturel, nous sommes nombreux, Français et Cambodgiens. Soirée chaleureuse, émouvante, fort agréable, dont je repartirai pieds nus, mes tongs bleu électrique ayant dû plaire à quelqu’un d’autre. Ennuyeux mais cocasse, même si j’ai certainement râlé sur l’instant.
A l’occasion de cette soirée, rencontre avec la musique et la danse traditionnelle. Je suis fascinée par la souplesse des doigts des fillettes, dessinant une trame où érotisme et sacré se rejoignent. Plaisir d'essayer bien-sûr, mais je ne peux éviter de penser à nouveau au violent contraste qui existe entre la beauté de cet art et le sexe rapide, banalisé, vendu tout au long des routes défoncées, des chemins de boues et sur les rives troubles du Mékong où patauge la misère.
Phnom Penh. Dépaysement total accompagné parfois d'étranges solitudes, de salmonelles musclées et d’une herbe locale puissante, utilisé comme condiment dans la cuisine khmère et vendue discrètement par de vieilles femmes sur les marchés.
Et par-dessus tout, ce qui frappe aux yeux et frappe au cœur, c'est le sourire ! Ce sourire empreint de douceur et de patience qui fleurit sans cesse sur les visages des Cambodgiens, un sourire qui recouvre sans aucun doute de bien profondes douleurs. L’impossible oubli d’un génocide même s’ils préfèrent ne pas en parler.
La haine vaincue se dissout au fin fond des forêts mais les traces rouges et griffues de l'Histoire ne s'effacent pas comme ça !
( à suivre sous d'autres cieux...)

(*) les passages en gras sont le fait du webmaster  

***

Byzance
Novembre 2000

 

Je pars à Byzance ! Via Munich mais pour l’instant, je suis dans le train pour Toulouse. Départ impromptu au goût d’inédit qui m’enchante. Des vacances, de vraies vacances !
Je voyage seule et je retrouve Sylvestre, son père et sa belle-mère là-bas… Jamais fait ça encore…
Le train est quasi-vide, je me sens fébrile, mon calme n’est qu’apparent.
Une pensée pour ma troupe que j’ abandonne encore une fois, mais ce n’est que pour mieux revenir ! Je pars sur les traces du Simurgh, à bord d’un grand oiseau à réacteurs et je vais poser mes pieds pour la première fois en pays de confession musulmane.
 
Un saut dans le temps et je me retrouve à Munich devant un café, pas deux car je n’ai plus de ferraille allemande. Il est 8h30. Je n’ai pas beaucoup dormi mais je suis ravie d’être là, toute seule ! Le mois dernier, jour pour jour, nous partions pour Sydney.
 
Un peu plus tard, j’ai échangé des francs contre des marks pour boire un autre café, double cette fois. J’ai encore plus d’une heure devant moi mais je ne m’ennuie pas, je savoure. J’ai toujours aimé les aéroports. Mon premier vol, c’était il y à 26 ans ! J’en ai vu des aéroports dans ma vie, certains bien plus d’une fois…
Qui a dit que les rêves ne se réalisaient jamais ? Je ne compte plus ceux des miens qui sont devenus réalités et ça me laisse pleine d’espoir quant à l’avenir. J’en ai encore des rêves et pas des moindres…
 
Trois heures et demie de vol pour Istanbul, c’est de la rigolade ! Tant mieux ! Autant j’aime aller loin, autant je n’aime pas les longs périples en avion. Trop confinés, trop déboussolants.
Un jour, je voudrais vraiment prendre le temps de voyager. A pieds, ou à cheval pourquoi pas ? En roulotte ! En Mongolie…
J’adore observer les gens dans ces lieux de transit, de départ, de retour…
J’essaye d’imaginer leur vie, d’où ils viennent, où ils vont.
Un jeune asiatique passe, il ressemble au héros d’une série que j’adorais étant petite. Pas mécontente de mes petites aventures en Asie… Sourire.
Tiens, j’ai la chair de poule tout à coup et les cafés ne me réveillent pas vraiment, pourtant je sais que je ne dormirai pas dans l’avion.
 
Je suis dans le hall d’embarquement. Les autres passagers sont majoritairement des hommes, quelques couples mais je suis l’unique femme seule…  Pas évident de deviner qui est Turc et qui ne l’est pas, à part un homme qui lit le journal du pays, teint mat, moustache et chemise noire.
 
Un bond dans le temps encore et me voilà déjà sur le retour.
Une petite semaine lune de miel qui a fondu doucement sous la langue, à savourer tel quel…
Oublier un peu de réfléchir pour une fois. Ne pas trop voir la police militaire, ne pas trop penser aux prisons, à la torture, aux Kurdes du sud-est…
Juste se laisser porter.
Istanbul et ses minarets au couchant, l’appel des muezzins dont l’écho se répercute d’un quartier à un autre. Celui de l’aube me surprend la première fois, je ne sais plus où je suis et impossible de me rendormir.
Les rives du Bosphore, Ste Sophie, la Mosquée Bleue, la Corne d’Or, les broussailles électriques sur les façades sales, les vieilles maisons tout en bois et plusieurs couches de vestiges chargés d’Histoire.
Les derniers fumeurs de narguilés et partout les verres de thé qui circulent, concentriques, un thé à la pomme, chaud et sucré. J’écoute les musiciens dans les cafés, la voix douce, claire et plaintive des chanteurs, toujours de tristes histoires d’amour. Emouvant mais un peu pénible à la longue.  

Je ramène un saz, je ne sais pas en jouer mais le jour où je voudrai apprendre, il sera là.
Petit hammam de quartier où le temps s’est arrêté. J’y vais le soir. Les hommes paraissent surpris, mais l’un d’eux me conduit du côté des femmes. Personne ne parle autre chose que le Turc. La femme qui me lave est âgée de plusieurs siècles. Il n’y a qu’elle et moi. Puis elle me laisse.
La paix intense de cette heure passée seule, détendue, étendue sous la coupole blanche, dans ce ventre moite et chaud, bercée par le chant de l’eau sur le marbre clair.
Matrice. Je pense à toutes celles qui ont fréquenté ces lieux, je pense à ma mère. Tellement peu maternante…
Et voilà que j’entends quelqu’un m’appeler par mon nom… Belle-maman et beau-papa ont brisé le charme en venant me chercher… Ils n’ont pas réalisé mon âge… et difficile de passer inaperçus avec eux.  Du coup on ne peut rien voir en étant trop vu…
Il y a un atelier de cordonnerie, parmi tant d’autres, que je peux observer de la chambre d’hôtel. Une seule pièce où travaille jusque très tard dans la nuit, un homme barbu, solitaire et appliqué. Sur son établi, s’empilent talons et semelles.
Ce matin, il est de nouveau là, à la même place ou parfois c’est un autre qui le remplace. Sa manière patiente et tranquille de travailler lui donne l’air d’un sage.
Il y a bien-sûr ici les marchands de tapis, les marchands de tout et de n’importe quoi, de tabac à vous arracher les poumons, d’épices éclatantes aux parfums entêtants, de savoureux petits pains au sésame, de jus d’orange, de photocopies même, avec photocopieuse ambulante branché sur groupe électrogène !
Des marchands de tissus, de bijoux, de babouches et de pièges à cons, à touristes je veux dire. Beaucoup, beaucoup pour le touriste ! Mais que suis-je d’autre ici ?
Chaleureux et accueillants les Turcs, mais commerçants avant tout et puis des hommes, des hommes et encore des hommes ! Les femmes semblent effacées, même s’ils elles ne portent pas toutes le foulard. Bon nombre d’entre elles doivent être à la maison, j’imagine.
Un univers d’hommes donc, jeunes, vieux, barbus, gominés, droits, voûtés et leurs yeux de charbon ardent…
Je n’ai pas l’habitude d’attirer autant les regards, pas comme ça ! Bien accompagnée c’est amusant cinq minutes mais ça peut vite devenir insupportable !
Je les aurais pensé plus réservés, mais nous autres occidentales soit-disant libérées, faisons fantasmer une bonne partie des mâles de cette planète.
Je n’ai pu que le constater là encore…
Nos sexes non muselés font bander l’imagination des hommes, pas que l’imagination d’ailleurs à ce que j’ai pu nettement sentir en me faisant coincer par un jeune homme dans une boutique du souk, pas méchant mais gonflé quand même… J’ai eu pitié de lui.
Alors qu’à mes yeux les étrangères sont si jolies, bien plus jolies souvent !
Heureusement, je ne suis pas blonde, ça c’est le pire ! 
Pour les Turcs, il semblerait que la blondeur d’une chevelure, même fausse comme celle de Babeth, brille plus que de l’or !  
 

 
 
Et maintenant ? Le coup de blues du retour, j’en ai pourtant l’habitude…
Il me faut passer à l’action,  je sens qu’il y a urgence, du travail m’attend et je ne peux plus faire l’autruche, ni l’enfant ! L’amour devra se frayer un chemin dans mes dédales.
J’aime quand les émotions sont nourriture et non pas poison tétanisant, quand l’espoir reste humble pour que les joies demeurent pures.
Le plaisir est un partage, pas une promesse.
Je suis dans un train qui me ramène chez moi.
Il fait beau et j’ai détesté ce départ, mais j’ai grand besoin d’être seule. Il me fallait partir, j’ai même trop tardé ! Je me sens brouillée…
Je me laisse trop facilement emporter par mon imagination romanesque.
Pourtant les illusions sont de plus en plus brèves. Très vite, sans que je ne puisse voir ni où, ni comment, ma perception bascule et le doute se faufile… Extrême agacement.
J’éprouve alors un irrésistible besoin d’espace, de respiration, le large… De l’air quoi !
Le train longe une étroite vallée scintillante, ombre et flammes d’automne.
Je lève les yeux au ciel, ils s’accrochent au sillage floconneux d’un avion.
Petit pincement au cœur. Istanbul, joli rêve…
Me voilà pleine de mélancolie ! Piégée par la douceur de vivre, mais ce n’est pas grave, juste un incident parmi tant d’autres.
Peur de l’amour, peur de ne pas savoir, peur du trop ou du trop peu, bêtises !
Et moi décentrée. Ne pas, ne plus se perdre dans l’autre.
La lumière enchante les sous-bois, arbres, odeurs, parfums lourds d'arrière-saison…
J’ai donc bel et bien ramené un cafard !
S’engager, se préserver, freiner, donner sans compter, tout à la fois ?
Bien des choses semblent impossibles et pourtant… J’ai besoin de terre moi qui plane tant dans les airs !
Le train trace une jolie courbe, rayant au passage de fines rivières.
Les peupliers dépouillés veillent les nids du printemps dernier, les champs exhibent une chair brune fumante, bien grasse...  Nourrie à quoi ?
Le temps se couvre, penser à l’hiver ne m’enchante guère mais au moins je me sens mieux que l’année dernière. Cette fois, c’est moi qui prends soin de moi, je ne laisse à personne d’autre cette responsabilité.
Novembre, un mois qui fleurit les cimetières, des chrysanthèmes déclinés sur tous les tons, véritable industrie du chrysanthème !
Le soleil est pâle comme la lune, derrière son voile gris.
« Gaillaqueu, Gaillaqueu ! » Les gens qui attendent sur le quai, ils pourraient être Turcs.
 

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... & Gribouglyphes + Grafficoloriages

Autre facette de la créativité de Cathy, le dessin et la peinture...

Bords du Gange            décembre 2008 

 

Ascension                     décembre 2008

 

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Bio-Vive

Née à Hyères dans le Var le 16 juin 1970, poète, revuiste, a travaillé entre autre une dizaine d’années avec la compagnie de théâtre de rue tarnaise, Plasticiens Volants comme artiste polyvalente (chanteuse, artificière, comédienne, technicienne en décor et marionnettes gonflables géantes et volantes, responsable de communication …). Nombreuses tournées en France et à l’étranger, au cours desquelles elle écrira ses Calepins voyageurs. En automne 2001, elle part vivre dans le Quercy, tout en continuant à travailler et à voyager pour les spectacles. Devenue maman en 2003, elle en profite pour se remettre à l'écriture de façon plus intense. 

Ses écrits sont publiés dans de nombreuses revues en France et à l’étranger (Belgique, Québec, Colombie, Royaume-Uni, Libye, Canada, Île Maurice…) et traduits en arabe, en catalan, en anglais, en portugais et bientôt en allemand. 

Elle participe depuis deux ans au Printemps des Poètes à Cahors avec notamment en 2008 des lectures à la maison d’arrêt ainsi que pour les familles des détenus et à l’accueil de jour. 

Elle a créé et anime les éditions "A Tire d'Ailes "et la revue "Nouveaux Délits"

Elle dessine et peint pour se détendre. Elle a exposé pour la première fois en décembre 2008. Elle a ouvert récemment un blog sur cette activité

 

Revue Nouveaux Délits 

Nouveaux Délits 

42

Avril- Mai-Juin 2012



Urgence poéthiques

Parler de politique, sûrement pas ! Marre ! Du cirque moche, du vilain cinoche, du cigare qui fait pouèt ! Marre des simagrées, des citernes, des sitcoms, des si demain c’était hier ! Marre des ciboulots qui sonnent creux, des si boulot y’avait, des si tu m’aimes je te nique, du cimetière de l’éthique et des si je te le dis, c’est toi qui payes. Marre des silures de salons, des cireurs de pompes funèbres, des citadindes et dindons de la farce ! Marre des cibles trop ciblées, des cyborgs et des cyclopes borgnes. Marre, marre, marre ! Alors stop, ne faisons pas scie de tout bois ! Alors oui, Nouveaux Délits pratique la discrimination dès qu’il s’agit de politique ! Parfois la poésie est trompeuse, l’art aussi, mais ici penseurs nauséabonds, même poètes, non acceptés… Je respecte votre liberté d’être con(ne)s, mais ici c’est mon temps qui passe à votre service, m’sieurs, dames, alors pas d’entourloupe, si besoin je recule et ça cafouille un peu, ça merdouille, ça citrouille. Veuillez descendre du carrosse. Des revues y’en a pléthore, ici on s’affiche avec des valeurs plutôt surannées, démodées : humaines encore quoi ! Pas dogmatiques, ni racistes, ni sexistes, plutôt attirées par la simplicité du genre universel, l’authenticité pas forcément terroir, les esprits clairvoyants grands ouverts, le cœur intelligent qui ne bat pas seulement pour lui-même...

Sur ce, que le printemps vous printanise, que le soleil vous exalte, car lui il est bien exalté et ce n’est qu’un début. Lâchez du lest, nous allons grimper !

CG

Je suis contre tous les systèmes politiques qui croient détenir le monopole de la vérité. Je suis contre tous les monopoles idéologiques. (...) Je vomis toutes les vérités absolues et leurs applications totales. Prenez une vérité, levez-la prudemment à hauteur d’homme, voyez qui elle frappe, qui elle tue, qu’est-ce qu’elle épargne, qu’est-ce qu’elle rejette, sentez-la longuement, voyez si ça ne sent pas le cadavre, goûtez en gardant un bon moment sur la langue – mais soyez toujours prêts à recracher immédiatement. C’est cela, la démocratie. C’est le droit de recracher.
Romain Gary - 1957

AU SOMMAIRE

Délit d’espérance : Fukushima Renaissance de Taro Aizu (Japon)

Délits et des listes : poèmes de Jacques Coly

Délit de mémoire : Je me souviens – Venezuela de Rémy Durand

Délit de vin, délit divin : Aymen Hacen, un extrait du Journal du ramadan (2009-1430)

Délit de poésie : Guillaume Decourt

Résonances : 1 film, Magnifico de Mario J. Delos Reyes (Philippines) ; 1 livre, Zoli de Colum Mc Can ; 1 artiste, Bruce Clark.

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Illustrateur :

Joao Carlos Chaves-Lopes

jc.c.l@orange.fr

Né en 1964. Vit dans le Lot depuis 1999. Bricoleur et ébéniste à ses heures perdues. Adepte de la procrastination et de la réflexion horizontale. Veut travailler quand il sera grand. A gribouillé dans un élan non contrôlé quelques dessins qui se retrouvent, il ne sait comment, dans une revue de poésie.

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Courir dans les champs,
sentir le vent,
ce n’était pas assez.
...Comme tous ceux
qui n’ont rien dans la tête,
moi aussi j’ai cru
qu’il fallait faire des choses.

Alexandre Romanès

 

http://larevuenouveauxdelits.hautetfort.com/

 

 
 
 

 

 

Biblio-Dérivée

 

PANDEMONIUM 1 (poèmes) , éd. Clapàs Collec. Les Ami(e)s à Voix 2001
FRAGMENTS DE TOUT ET DE RIEN (prose), éd. Clapàs, Collec. Les Ami(e)s à Voix 2001 
PAPILLON DE NUIT, éd. Clapàs dans la collection Franche-Lippée, 2001     
GRIS FEU éd. Ambition Chocolatée et Déconfiture, 2003
    
Présente dans l'anthologie NOUVEAUX POETES FRANÇAIS ET FRANCOPHONES (JP Huguet éditeur - 2003)    
CALEPINS VOYAGEURS : Journal intime en tournée 1997/2002, larges extraits plus quelques poèmes, publiés sur le cd-rom : L'EXORCISME DU SABLE (Pourquoi toujours dans le désert?) aux Ed. Profana Bellica, 2003 (Belgique) du poète Christian Erwin Andersen
La NOUVELLE HISTOIRE DE MONSIEUR SEGUIN dans le recueil Nouvelles Story n°2, Ed. Alpa. 2004   
JARDIN DU CAUSSE, éd. A Tire d’Ailes, 2004, préface de Mireille Disdero, illustrations originales n&b de Joaquim Hock 
LES ANNÉES CHIENNES – Série autodigestion, éd. A Tire d’Ailes 2007, papier recyclé, 52 pages, illustrations originales n&b de Marie Bouchet 
SALINES, éd. A Tire d’Ailes, 2007, papier recyclé, 44 pages, illustrations originales n&b de Katy Sannier, postface de Michel Host    
  
OMBROMANIE, éd. Encres Vives, coll. Encre Blanche, décembre 2007, présenté par Pierre Colin
CHRONIQUES du HAMAC  éd. A Tire d’Ailes, 2008
MYSTICA PERDITA éd. A Tire d’Ailes, 2009
TRANS(E)CREATION éd. dlc, 2009
ETATS DU BIG BANG  éd. Nouveaux Délits 2010
ESKHATIAÏ, (Salines suivi de Mystica Perdita) Ed. de l’Atlantique 2010
JARDIN DU CAUSSE  Ed. de l’Atlantique 2011