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Musiques à partager...

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Au Programme

 

  J. Brahms : Intermezzo n°1 op. 117 (1892)         par Gaëlle Josse

En écoutant la voix de Cathy Garcia                   par Gaëlle Josse

  Le "Jaurès" de Brel version Zebda        par Bruno Toméra 

  "Requiem" & "Avec le temps" de Léo Ferré            par Bruno Toméra

  "Take Five" de Dave Brubeck            par Isabelle Le Gouic

  Slade "Cum On Feel The Noize" & The Cure "Just Like Heaven"      par Bruno Toméra

"Lotus eaters" de Lisa Gerrard & Dead can Dance   par Bruno Toméra sur un envoi de jlmi

"Lacrimosa" du Requiem de Krzysztof Penderecki   par  Gaëlle Josse

Archie Shepp            par Werner Lambersy

  Four women de Nina Simone       par Isabelle Le Gouic   

Amie Amy   par Isabelle Le Gouic

 

 

 

 

 

 

***

 

 

Mahler Symphonie no 2 

par Anna Jouy

Je ferme les yeux, profil tendu. Écouter Mahler demande à regarder le ciel droit devant. Toujours parmi des montagnes noires ou des hordes, des chevaux, des armures. Noirs orages.

Mahler arrive, avec sa lutte indéfinissable.

Je subis. Sublime violence emportée parmi les éléments jusqu’à en devenir cosmique. Passion d’encres sans pitié. le poison est à fleur de mon âme, de mon corps. Cela tatoue profondément, palpitations incrustées entre chaque parcelle de peau. Oh ! oui le monde est bien le plus fort, les matières lourdes comme des métaux aux douleurs orgasmiques, plaintes toutes issues du volcan premier, c’est bien cette musique que j’entends

Mahler arrive, et ses épées taillées dans le creuset des genèses.

Le monde n’en est pas à savoir, il palpite le langage primordial. Il clame des furies solaires, aquatiques. Démiurgiques rugissements. Rien ne se calme jamais, vraiment. Rien d’humain pas d’apaisement. Juste peut-être un instant crépusculaire, comme pour respirer, juste un instant, comme s’il voulait accorder une légère palpitation à ce fragile qui naitra –forcément- un jour. Chahutée dans ces mystères convoqués, je me tiens dans l’à peine respirable. Je crains comme des malédictions qui feraient remonter les eaux et les déluges. Et j’ai toujours eu peur de mourir noyée.

Mahler arrive, sans fin détruit ce qu’il crée.

Il strie de fouets mes patiences, mes constructions, mes échafaudages, prêtant à la musique les cavaleries apocalyptiques. Chaque silence est une menace qui rampe, un monstre qui va grossir avalant mon angoisse pour prendre ses forces. Férocement tellurique, férocement météorologique, élémentaire, chimique. Je ferme les yeux, c’est le submergement. Je regarde l’orchestre Il n’est que vagues et lames tempétueuses. Les dieux Zeus Chronos Titan déchiquettent l’air à grandes brassées sauvages. L’énorme purification des morts sans fin.

Arrive cet usage des cordes comme le déchaînement des éléments. Cet usage des cuivres comme des ordonnances, des prescriptions divines, des hurlées, des ordres, des cris inhumains, bien trop forts. -Les anges ont tous des trompettes- Mahler arrive.  

 

p.s. : il n'y a qu'un seul chef d'orchestre pour Mahler, Dudamel vénézuélien génial

mis en ligne mai 2012

 

 

 

 

 

Amie Amy
 
par Isabelle Le Gouic
 
Amie Amy,
I met you
Quand j’ai mis, amie Amy,
Quand j’ai mis ta voix amie,
Juste for moi,
Just pour me,
Ta voix qui râle ou qui gémit,
J’ai mis ta voix amie,
Dans my playlist à moi, à me.
 
Amie Amy,
Tu m’plais grave et j’te playlist
Quand tu rayes, quand tu graves,
Les pistes des disques de ta voix éraillée
Comme le disque rayé
De ta vie d’artiste.
Mais t’as pris tant de risques,
Risques de te rayer d’la vie.
T’as bu trop de whisk’
Dans tes envies aiguisées de réel déguisé,
Au point de te squeezer.
 
Amie Amy,
Quand ton trac t’étripe,
Quand il t’étrique, quand il te traque,
Quand tout se détraque, se grippe,
Quand tu t’agrippes mais que tu craques,
Ce bad trip qui fait crac,
Ce sad crack dans tes tripes,
The bad kiss with the flask,
These packs of beer quand t’es patraque,
Ce pataquès qui s’immisce,
Miss Amy, quand tu perds le cap,
Quand tu te dis que t’es pas cap,
Quand tu te dis que t’es pas apte
A capter la volupté que t’as voulue
Mais qui ne t’est pas assez dévolue,
Les volutes de smoke à flash back
That you keep like a joke,
Que tu sniffes et qu’tu kiffes,
Sont kif kif une arme white.
Ils sont like a knife
Planté in your life.
 
Amie Amy, j’te préfère when you’re singing,
Quand tes mots cognent sur le ring
De nos platines et pas quand tu patines
Sur des pentes à trente degrés,
Quand t’es plus in,
Des pentes de Gin Fizz
Qui te grise mais qui te squeeze.
Quand t’es mutine, you’re so glad !
Quand t’es mutique, I’m so sad !
Je suis maussade.
Ce bad trip qui fait crac,
Ce sad crack dans tes tripes,
It’s like a knife
Planté in your life.
Alors, you left us,
En plein mois de July.

 

 

Amie Amy, j’ai mis ta voix amie  
Qui râle ou qui gémit,  
J’ai mis ta voix dans mon ordi,  
For me, for them,  
Ceux que tu scies, ceux que t’emm…  
Et aussi ceux qui t’aiment.  
J’ai mis ta voix dans mon ordi  
Aussi to see, not to forget.  
Quand j’veux prendre mes cliques et mes claques,  
Sur le clavier d’mon Mac, avec my computer mouse,  
Je clique sur Winehouse et je te guette sur le net.  
Alors, j’me prends une claque avec ta voix pas clean,  
Encline à faire des éclats d’émoi en moi.  
Je suis à l’affût du raffut de ta voix,  
Ta voix qui fuse, qui refuse,  
No, no, no ! No rehab !  
Ta voix qui s’embrume, qui fume,  
Toi qui fus, nous qui fûmes.  
Je suis à l’affût de ta voix wonderfull,  
Cette beauty pleine de full    
Qui soulève des foules.  
Ta voix m’étonne, ta voix détonne,  
Ta voix qui traîne puis qui dégaine,  
Ta voix qui décoiffe : Amy, what a strange dégaine !  
Ta voix que j’écoute encore et again.  
Même si, a night of July,  
Tu nous as dit bye bye,  
T’es sortie d’la piste  
Mais pas d’ma playlist.    
 
Amie Amy, pendant que tu reposes,  
L’magnéto du studio est bloqué sur pause,  
L’magnétisme de tes mots moroses  
S’est tu sur over-pause.    
Amie Amy, I met you because,  
Me too, I’m no good.  
Moi aussi, j’ai mes humeurs.  
Now, I’m in a bad mood,    
Je suis d’mauvaise humeur.  
Je suis un peu moins good  
Depuis cette nuit-là, cette nuit-là…  
Cette nuit où tu meurs.    
 
Pourtant, amie Amy,  
Rien n’est tout noir ou tout white,  
Rien n’est tout rose ou morose,  
Rien n’est tout blanc ou to night :  
Your Back to Black is pour moi as a light,  
And now, for me, c’est presque all right.    
Je m’éclaire in your dark,  
J’écoute your Back to Black sans me sentir out,  
Et même si you left us in July,  
Moi, all year, in July et même en août,  
Pas de black-août.  
I believe que j’vais rester alive  
Pour écrire des mots qui cognent,  
To write encore plus fort  
Et qu’mes douleurs soient plus light.     
 
mis en ligne en mars 2012

 

 

 

 

 

 

 

Four women – Nina Simone
 
par Isabelle Le Gouic
 
 
Quatre
 
Quatre femmes
Quatre couleurs
 
Quatre
 
Quatre notes
Posées
 
Lentement
 
Oser
Quatre notes
Et ce tempo qui caresse
 
La peau
 
Descente incessante
Sur le clavier
Comme sur les marches d’un escalier
Sans fin
 
Quatre notes seulement
 
Pourtant
L’escalier nous emporte
 
Dans un mouvement
 
Ascendant descendant
Descendant ascendant
 
Peu importe
 
Accélération du tempo
Au fil du thème peau
 
Les doigts de Nina
Dansent
Quatre à quatre
 
Se multiplient
Sur l’escalier
 
Et sa voix
singulière
 nous emporte
Tout en haut

 

 

 

 

 

 

 

 

 

oOoOo

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                                               photo Jean-Pol Stercq
 
 
« ARCHI »  SHEPP
 
 
 
 
 
L’air est mouillé
 
Le ciel gris sort à peine de la mer
Et s’ébroue
 
C’est le nord en automne
 
Ça sent la femme
Au lit dans les sous-bois drapés
D’humus
 
Calvities à la tempe des champs
Calcaires
 
Et chauves
Jusqu’à la nuque les terres ridées
Par les sillons
 
Crâne rasé au bagne des chaumes
Labour en abreuvoir de corneilles
 
Usines à betteraves
Beffrois de ferraille des silos à blé
 
Dont les carcasses
Fument sous les décombres oxydés
D’un soir orange et opalin 
 
Cimetières à soldats dont les tombes
En grilles de loto alignent
Les ciments chaulés  
 
          *
Mais à Morsain
Rue des Vignes aujourd’hui
En brumaire deux mille huit
 
A la galerie
Archie Shepp apprend
A jouer du saxo
 
Aux anges musiciens
De Van Eyck
 
Au clairon de l’armistice
De dix huit
 
Aux djinns
Dans les lampes du jazz
 
Et à la tendre
Apocalypse des femmes
De nos nuits
 
          *
 
Les fans de n’importe où et d’à-côté
Sont venus écouter l’écho
 
Des coups de gong qu’ils trimballent
Dans l’âme et qu’un rêve immensifie
 
Ils reviennent de très loin et de Paris
Si proche qu’ils gardent en mémoire
Comme les gammes d’un accordeur
 
La voix en sucre d’orge des annonces
Et la soie du pas pressé des hôtesses
A Roissy

L’arrivée sourde des rames du métro
 
Le souffle              
Minotaure des portes qui renâclent et
Claquent à quai
 
L’auto comme ceux qui toussent
A cause du mal à démarrer
Et du mégot du jour
 
Ils sont venus par la départementale
En nids de poule de la vie
 
« Nuit blanche et noire » où Nerval
Viendra en voisin
 
Déjà l’ombre
Fend l’air de son  aileron de requin
 
Déjà la serpe d’un quartier de lune
Coupe le prépuce de l’espace
 
             *
 
Les voitures qui broutent sur l’herbe
Du parking
Disent les destins cabossés
 
La rouille des châssis de la jeunesse
 
Et les griffes
Dans la glabre carrosserie des rites
Quotidiens
 
La boue des pneus après les sorties
De route quand il avait fallu
Devant le choc frontal
 
Se déporter sur la bande d’urgence
L’accotement et les fossés
Du bas-côté
 
Le temps n’est plus aux limousines
Pastel des sixties
 
Au paresseux tangage du paquebot
Pour Cythère
Sur une houle de coussins en skaï
 
Parmi le chrome vif des calandres
Aux colonnes de temples grecs
 
Mais aux mufles baissés des 4 X 4
 
         *
 
Cependant tous et toutes sont là :
Ceux qui se connaissent
Et ceux que l’on ne connaîtra pas
 
Les beaux
Les pas beaux et les autres
Bébés beatniks et enfants-fleurs
 
Ceux de Coltrane Parker et Dylan
 
Les rescapés du Vietnam d’Algérie
D’Irak ou d’ailleurs
Dont la guerre a fait de la mémoire
 
Un champ de mines à traverser
Et du sourire une boîte
De corned-beef aux bords coupants
 
L’abonné absent du coup de foudre
L’accidenté sur l’autoroute
Des routines du cœur
 
Ceux qui sont
Comme la cabine téléphonique libre
Dans le désert
 
Les bannis de leur corps par la drogue
Et l’alcool
 
Les bourrés de bémols et de « merde à
Vauban » 
 
Les abîmés de l’usine
Les demi-sel de la cité le demi-solde
Du plan social
 
Les sans-papiers
Qu’on renvoie à la case ou à la casse
 
Ceux qui marchent à l’ombre de leur
Ombre à midi
 
Les repris de justesse
Les navigateurs solitaires au comptoir
Des bistrots
 
Les fins de droits à un peu de tendresse
 
Les érémistes de l’extase au sex-shop
Les solitaires haut de gamme
 
Les mal cicatrisés des couples divorcés
 
Les sans domicile fixe de l’amour
Les mutilés du regard que nous sommes
Tous à la tombée du jour
 
         *
 
Les fins de noces du néant
Les fins de nage sans horizon
Les routards du retour à l’enfance
 
Les bobos cachemire et business
Les hobos de la vie
 
Les routiers fatigués
Des frangines d’un soir et
Des calendriers de nus dans la cabine
 
Les mal peignés
Dans la tête depuis qu’ils sont jetés
A la retraite
 
Les Kerouac rimbaldiens de la débine
Les Villon des violons de police
 
Les crashés les crochus les cassés dans
La boîte à joujoux de leurs rêves
 
Les crépus les accros qui rappliquent
Dès que Pégase hennit
 
Et qu’au bout d’un solo 
Ou d’un riff inspirés passent
Les tapis volants d’un vieil air de blues
 
Ou le vaisseau fantôme de la vraie vie
 
             *
 
Tous sont venus 
Tristan Yseut la douce Hélène et Paris
Marylin et Monroe
 
Roméo et Juliette
Des Ullis les groupies d’Ophélie
Au lycée Isis la veuve d’Aubervilliers
 
Les ex-ados au slip ex-voto de Balthus
Eurydice qui retourne à Orphée
Et Didon vers la mort
 
La petite vendeuse d’allumettes
D’Andersen  au carrefour de l’« et moi »
 
Les Moly Bloom en proie au Gulf Stream
Tiède du mois
 
La Salomé qui fait la fête pour une tête
Sur un plateau
Les Shéhérazade du dernier verre au bar
 
Les tanagras les Lolita les baby dol dans
L’orage des décibels
 
Celles qui n’en peuvent plus
De tourner en rond dans le 2 pièces-cuisine
Des je t’aime en formica
 
Celles dont les paupières sont des mouettes
En plein vol
 
Celles dont la caresse est une partition
A écrire sur la peau
 
Celles dont les dauphins
Bondissent dans la houle de leurs reins
 
Celles avec des yeux de gamines sages
Au moment des cadeaux de noël
 
Et celles qui tournent le blanc des yeux
Comme des bancs de poissons
Ou des cartes au poker
 
             *
 
Ils sont tous là
Et le silence commence
A ratisser le gravier fin des murmures
 
Impatience
De méharées sans puits ni points d’eau
 
Tigres tapis devant la tempête de sable
 
Aussi voici qu’ils guettent les artistes
Car ils déballent et réveillent
Leurs instruments
 
Au jubé du grand bois sur les collines
Les oiseaux se sont tus
 
La brise s’assoit 
Au pupitre des grandes orgues sourdes
De l’office nocturne
 
Les roseaux aux bords des étangs noirs
De la pensée
 
Cherchent la vase et les tièdes viscères 
Des trous de carpes
Du cortex
 
Et ceux qui sont assis dans la maison
Close de leur attente
Et du désir
 
Tendent le cou et les muscles comme
Des coureurs dans les starting-blocks
 
Car sous les spots
Ils montent sur l’estrade des émotions
 
Ceux qui vont se montrer les chamans
De l’âme de chacun
 
           *
Archie Shepp
 
Rassul Siddik à la trompette Tom Mac
Clung au piano Jack Gregg
Contrebasse et John Betsh aux drums
 
Richard Bréchet qui s’occupe de tout
De l’ombre des lumières du son
Et  des frissons
 
Comme lorsqu’il prépare ses tableaux  
 
 
 
               *
Ici le sexe et les oreilles sont comme
La mer aux coquillages
 
Dont le cœur est complexe et répond
Aux marées
 
Troènes d’aubépines dans le rythme
Pour l’orchidée sauvage
Des nerfs
 
On déballe déshabille et fait gémir
Cuivres cordes et la peau
Des tambours
 
On fait rouler
Sans retenue la mousson des notes
 
Où Saint John Perse poète aux
Etriers sonores poussait
La jument du chant
 
Lentement
Les solistes se coulent ensemble
Dans l’aorte qu’irrigue le son
 
Le sang bat
Son chemin de Compostelle
Comme tape le bâton du pèlerin
 
Ils rentrent dans la villa désertée
Depuis les départs en vacances
Pour l’hiver de l’argent
 
Otent les housses des commodes
De l’oubli
 
Et plongent
La tête et les bras dans le pull usé
 
Où retrouver
Après les voyages et les amours et
Les détours
 
Les odeurs fortes de l’ancien marc
Des vieux jours
 
Lentement
Ils prennent pied
Comme des marins frais débarqués
 
Qui gardent le tangage
Et le roulis d’une longue course
Dans les étoiles
 
                    *
 
Archie Shepp tend sa bouche
Prend son sax
Et ça y est !
 
Ca commence et chacun devient
Ce bernard l’ermite
Du son du souffle et des rythmes
 
Où le ciel sur son axe
Balance et fait se balancer
Avec lui tous ceux qu’une relaxe
 
Vient d’arracher
Soudain au poids pesant des jours
Sans miracle
 
Ils font ronfler
Sur la ligne de départ
Les moteurs de leur formule 1
 
La batterie frotte
Ses ailes de criquet puis
 
Fait un bruit de troupeau
Qui broute et avance front bas
 
Lance ses marées d’équinoxe
Sur les falaises océaniques
Du tympan
 
Pénètre en forêt
Où tombent les foudres
Et le foutre en tempête des pulsions
 
Puis bat comme la pluie doucement
Contre les vitres et sur les toits
Du souvenir
 
Et contre l’Arche
Où nous voguons encore clandestins
 
        *
 
Le piano cormoran
Plonge et engloutit les phalanges du
Pianiste
 
Lui il dévore son piano
Comme un moineau picore le pain
 
Dans les allées d’un parc
Où les buissons se serrent les coudes
 
Il met dans la salade grise du ciel
Des poivrons et des baies
De couleurs
 
Puis patiemment
Fait briller l’argenterie
Ternie des passions bien rangées
 
Et la cire d’abeille d’une montée
Chromatique répand
Son parfum
 
                *
 
La trompette
Brise dans les trompes
Le dernier sceau de l’apocalypse
 
Elle chante à tue-tête
Rit pleure gémit sur l’or l’encens
Et la myrrhe des rois mages
 
Dont les plus beaux présents sont
Des images
 
                   *
 
Déjà la contrebasse reprend à voix
Basse et répète le thème
 
Et la passion tenace qui n’attendait
Que ça part au galop
 
Dans la poitrine large et haletante
Des cordes
 
Enfin on mélange dans le shaker
De l’orchestre étoiles
Filantes constellations et galaxies
 
Et la salle vibre
De toutes les fils d’une toile
D’araignée
 
Qu’un goutte à goutte de rosée
Distille depuis le cathéter 
De l’aube
 
Jusqu’au cœur
Carnassier dont les carêmes sont
Si longs
 
             *
Et le saxo a pris la voix humaine
En otage pour épeler
Ce qu’elle ne peut avec des mots
 
Et même avec des cris qu’on ne
Sait pas comment écrire
 
Doux vocéro pour deviner là-haut
Les cercles où plane
Grisolle et se perd dans son essor
 
L’hirondelle sublime ivre d’idéaux
 
Le public lisse ses plumes
De pigeon voyageur tandis que
Les convoyeurs attendent
 
                    *
 
Archie ferme les yeux
Sur le pays derrière ses paupières
 
Et l’on entend alors le vent la nuit
L’eau des torrents
Se jeter sur les cailloux et la mer
 
Dans les virages en tête d’épingle
De la mort
On tient le volant des deux mains
 
Tant est secouée la carcasse
Entière du corps
 
               *
 
Souvenez-vous du pont suspendu
Qui branle sous les pas
Quand vous irez vers l’autre rive
 
Où écouter
Le chant d’Orphée qui rend vivant
 
Souvenez-vous
Vous n’êtes pas venus
Du fond de votre vie sans espoirs
 
D’entendre la chorale vacarmeuse
L’ode le raga célébrant
L’éternelle jeunesse d’être aimé
 
De sentir le parfum des orangers
En fleurs dans les vallées
Profondes de l’âme
 
Souvenez-vous
Vous êtes arrivés ici après
Le meurtre des pères sur les fils
 
L’art la poésie
La musique sont nés du remords
Et de la peur
 
           *
 
Ici aujourd’hui
Ni ciel ni lune entre deux
Coups d’essuie-glace des guerres
 
La route luit
Comme la trace d’un escargot
 
C’est le chemin des Dames
Et les camions de bettes rouges
Transportent des crânes
 
Mais on est là
Dans les remorques de la musique
Et on revient du front
Derrière nous le village
Dort rien ne bouge on fleurira
Le monument aux morts demain
 
Maintenant
Les musiciens font rage
Tous respirent au même rythme
 
« Canto general »
Poème pour tous
Qui n’arrête qu’au petit matin
 
Avec un bol de café noir
Une tartine beurrée une cigarette
Autour d’Archie
 
Et de ses potes
Tenant chronique des galères
Et des sessions qu’on n’oublie pas
 
Il fait beau
La route est longue il faut
Partir Richard sort le chien Marcel
 
Archie Shepp
N’a pas sommeil son saxo
Veille sur lui parmi du velours bleu
 
Souvenez-vous
Sa musique a gagné
L’armistice est signé pour un temps
 

 

 

(il est fait état ici du concert donné dans la nuit du 10 au 11 novembre 2008 
galerie de Berlinval - direction Richard Bréchet - 02290 Morsain- ndlr)

 

 
 

 ***

 

 

"Lacrimosa" du Requiem de Krzysztof Penderecki

 

par  Gaëlle Josse

 

pour jlmi (!)

   

 

 

 

 

 

 

 
Une incision dans le silence la voix s’élance
attente
d’une réponse
un geste un accueil
 
Les cordes ont tracé des lignes invisibles & posées sur ce fil les voix cherchent la lumière
 
 
C’est un ciel mat un soleil pâle qui croît lentement
les voix parlent d’un rivage d’un lieu
à partager &
les vibrations mêlées racinent
au ventre
 
 
La voix vacille un abandon
immersion
un espace désiré comme une caresse
nous maintenant apaisés
 
consolés
 
Dehors le sommeil des pierres & l’herbe a cessé son murmure
l’ombre tressaille
 
un halo en lisière de la voix
si nous ne tremblons pas nous ne savons pas aimer
 
 
 
L’ombre se creuse envahit des espaces inexplorés
nos mains cèdent et glissent
oh ces désirs qui nous demeurent
nous si démunis
 
 
La voix océan & vague & bercement
la voix nuage
appelle le reflet d’un infini
la terre s’éloigne
 
 
Une absence
un cercle
s’est refermé
nos mains vides ouvertes sur
un secret un fil
brisé
 
 
L’écorce de nos peurs rompue

 

***

 

 

"The Lotus eaters" de Lisa Gerrard & Dead can Dance

 

 

 

par Bruno Toméra sur un envoi de jlmi

 

 

 

 

 

 

 

Quand tu m'as envoyé ce lien youtube Dead can dance, je tirais une Chesterfield (on tire ce qu'on peut...)
à grandes bouffées de désespoir ( le goudron caramélisé est pas si dégueu que ça...) tu sais que je ne crois
plus en grand chose et surtout pas dans l'humain, biologie génétique oblige cette engeance s'est incrustée
partout, même là où il fallait pas, faut toujours que ça se répande. Bon la dame chante et me voilà englouti dans
la matrice du monde, c'est envoûtant, chaud, mystérieux et pourquoi pas souriant, me voilà dans le propulseur
d'électrons à remonter le compte à rebours de la vie avec cette voix à vous envoyer en l'air direction la nanoseconde
du grand orgasme de l'univers. Cette mort qui peut danser, on peut donc l'emmener en boite... Quelques jerks
techno à son bras avant la dernière bière... Cool mon TaraOOOviste, vraiment cool.

 

 

 

 

Slade " Cum On Feel The Noize" & The Cure "Just Like Heaven" 

 

 

par Bruno Toméra

 

ça sent le fute à pattes d'ef, la 104 peugeot, les cheveux longs,
les boutons sur la tronche, le litre étoilé qui roule sur le plancher,
la gauloise bleue et la petite "bandidos " à coté avec ses premiers collants
et sa mini raz la touffe écossaise avec le radio cassette à fond la caisse
vers la prochaine fête foraine et ce tour de chenille et la loterie
de l'immense peluche et la barbe à papa que l'on dévore à deux
mélangée dans ces bécots pubères et baveux et ce foutu p'tit coeur
qui se demande ce qu'il lui arrive et qui en demande encore encore et encore. 

 

      

 

et 15 ans plus tard, en désintox, avec les cheveux longs, la larme facile, 
l'allure corbeau de la petite " Bandidos " qui voulait plus de baisers baveux, 
les futes se sont rétrécis made in china, le baladeur avec écouteurs est plus léger, 
le cœur est plus chargé, qu'importe on entame le long cheminement d'un corps vers un autre corps 
avec d'autres émotions, on copule le brin d'herbe ou simplement la raison d'être, 
on aime encore et encore 
et on en veut encore et encore  
 

 

***

"Take Five" de Dave Brubeck

 

 

par Isabelle Le Gouic

 

 

 

J'écoute Take five, les yeux fermés. Mais quelle est sa couleur ?
 
Un swing dans la mélodie,
un rythme imprimé par Dave Brubeck au piano,
sur le clavier, des noires, des blanches... Et pourtant...
 
Un souffle accroché au saxo de Paul Desmond,
des notes qui s'envolent de la portée, des noires, des blanches... Et pourtant...
 
Des silences insufflés par Joe  Morello dans son chorus à la batterie,
Des blancs, du noir... Et pourtant...
 
Du noir et blanc ?
Non, fermez les yeux...
 
Je crois que Take five est bleue.
 
 

        

   version SWING-HOME-TRIO

 
On n'est pas sérieux quand on a 2 fois 17 ans...  
On chope cette musique-là, on la fait sauter comme des gouttes de pluie sur des cordes :  
IT'S NOT A MISTAKE, IT'S JUST A JOKE !
 
Allez les gars, on n'est pas tristes ce soir.
Take five colle aux tympans puis décolle autrement.
 
Fermez les yeux...
La guitare embarque jusqu'à deviner la sensualité des collants.
 
Vertu de l'impromptu...  
Non, je sais, on n'est pas sérieux quand on a 2 fois 17 ans.
 
 

 

***

"Requiem" & "Avec le temps" de Léo Ferré

 

 

par Bruno Toméra

 

Ce mec quand tu l'écoutes à 14 balais, ça fait un

merveilleux dégât, je vous le souhaite à tous.

 

               

 

***

 

 

Le "Jaurès" de Brel version Zebda

 

par Bruno Toméra

 

BORDEL  
Il feule grave le chat dans le quotidien et l'écoute 
en se penchant sur les camarades merdeux et réalistes
de la fin de mois débutant à partir du cinquième jours, 
à se casser les nerfs
pour le loyer 
et la bouffe nécessaire 
parce que ça bouffe un chômeur
ou un smicard 
ou un précaire de chez bouche trou ....
"vive la sociale" !
 
 
 

 

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En écoutant la voix de Cathy Garcia,

par  Gaëlle Josse

 

 

impro vocale et sitar électrique...

 

 

Les femmes avaient allumé un feu ; elles avaient nourri les bêtes entravées pour la nuit, encloses dans leur odeur de bêtes.

Elles avaient tiré de l’eau au puits, et nourri les hommes de galettes cuites sous la cendre, puis les enfants, qui avaient ensuite rejoint leurs rêves, sous de lourdes étoffes drapées dans le sombre des tentes amarrées au sable.

Elles avaient gardé auprès d’elle les plus jeunes, accrochés au sein, aux jupes, rivés au cercle obscur et rassurant que leur présence dessinait autour d’elles, et veillèrent sur leur sommeil. Puis elles mangèrent à leur tour, en partageant ce qui restait.

                                     Nomade, celui qui marche son royaume est une dune une steppe une tente & le vent toujours & des troupeaux de chevaux fiévreux enflammés

Ensemble elles chantèrent des airs venus de très loin, venus des profondeurs de leurs corps et des replis les plus secrets de leurs mémoires, et elles les offrirent à la nuit.  

     

 

Ensemble elles dirent ce qu’elles savaient des joies et des peines qui se déposent sur le fil des jours, des peurs qui se dressent à la nuit venue, comme des montagnes qu’il faut gravir chaque matin.

Elles parlèrent de leurs sangs et des enfants qui croissent dans le ventre comme des fleurs de chair, et des musiques qui les apaisent.

 

Nomade, celui qui rêve de caravansérails de feu partagé de thé sucré & amer, de chevelures lourdes, de peaux mates, de vulves impatientes où s’affranchir de toutes les solitudes

 

Elles parlèrent des puits d’où l’on tire l’eau fraîche qui abandonne ses arabesques sur la peau, des puits à l’eau miroir, des puits dont on ne sait le fond.

Elles parlèrent du désir des hommes et de leur désir à elles et de ces cris et de ces tremblements et de leurs corps nus si beaux si fragiles.

 

Nomade, celui qui jette les dés chaque matin caravane de sel en marche & s’arrête là où la nuit descend & la Croix du Sud qui veille

 

Elles parlèrent du monde, du si peu d’amour qu’on y trouve, et de tout l’amour qu’il faut recueillir avec patience pour parvenir à vivre, et des traces que l’on suit sans savoir où elles mènent, des exils chaque jour recommencés, des pierres qui marquent les tombes, des paroles qui guérissent, du vol des nuages, de la course des étoiles et des bêtes qu’il faut tenir en respect.

 

Nomade, celui qui se nourrit de vent de sable & rêve de Samarcande, d’un étalon dressé, dents et sabots, d’une selle incrustée d’ivoire, de bijoux lourds comme des chaînes

 

La nuit apportait avec elle des ombres claires, des silhouettes de silence et de mystère. Salomé et la Reine de Saba surgirent des sables d’ocre et de rose.

Elles dansèrent dans la houle de leurs cheveux et elles burent du vin, car l’heure était à se réjouir. Elles retirèrent leurs bijoux, déposèrent leurs parures et le sable froid frémit sous leurs pieds, et elles se mirent à rire autour du grand feu. 

 

                 Nomade, & des départs & le vent toujours

 

Puis le jour vint faire l’offrande de ses couleurs, comme chaque jour. Les femmes se mirent en marche, et les enfants marchèrent avec elles.

Longtemps on les entendit chanter dans les lointains, sur les chemins qu’elles avaient vus en songe et qui s’effaçaient sous leurs pas, recouverts par le vent.  

 

 

  aquarelles                                                         jlmi

 

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J. Brahms

Intermezzo n°1 op. 117 (1892)

par  Gaëlle Josse

 

Mais non, rassurez vous, ne vais pas vous faire le coup « Aimez-vous Brahms ? », ni vous convier à une aimable causerie sur le dernier des grands romantiques, avec champagne et petits fours à la sortie. Juste partager un peu avec vous, puisque Evazine m’y invite, quelques-unes des musiques que j’aimeuh.
 
J’ai pensé à cet Intermezzo de Brahms qui me trotte dans la tête en ce moment. C’est une musique douce pour l’hiver, trois pages qui installent une atmosphère pas gaie gaie mais consolante et tourmentée à la fois. Poignante, tout compte fait. Tiens, au passage, comme c’est dur de parler de musique, on voit bien que les mots trouvent là leurs limites !
 
Mais bon, Brahms, quand même, il faut que je vous le dise, j’aime franchement bien.
Le personnage a un côté vieil ours solitaire, imprégné de l’odeur de tabac et de bière des tavernes de Hambourg, évoluant dans les brumes de la Mer du Nord, dans ces paysages chers à Gaspard Friedrich.
Mais avant de devenir le gros monsieur ventru et barbu qu’on voit sur ses dernières photos, vénéré reconnu admiré du monde musical européen, installé à Vienne, il fut d’abord un enfant gagnant sa vie et celle de sa famille dès l’âge de treize ans, en jouant du piano bastringue dans les tavernes de Hambourg, justement. Ca crée des habitudes.
Jusqu’au jour où, à l’âge de vingt ans (beau comme pas permis sur les portraits de l’époque), il déboule comme ça sans prévenir chez le couple Schumann installé à Düsseldorf. Robert et Clara, lui compositeur et chef d’orchestre déjà célèbre, elle pianiste virtuose adulée de Paris à St Péterbourg. Il arrive chez eux et se met au piano. Robert hurle dans l’escalier « Viens vite, Clara, un génie ! » (authentique).
 
De ce jour nait une amitié à la vie à la mort, ou indéfectible, comme on dit dans les biographies chics. Lorsque Schumann sera interné à l’asile d’Endenich à la suite de son plongeon manqué dans le Danube (c’est une autre histoire, je vous raconterai ça une autre fois si vous voulez, parce que Schumann, c’est quand vous voulez), il sera l’un des rares à venir le voir, jusqu’à sa mort.
Il restera ensuite l’ami de Clara jusqu’à la mort de celle-ci, qui continuera à donner des concerts et à défendre l’œuvre de son mari jusqu’à un âge canonique, histoire aussi de nourrir les huit enfants que son génial schizophrène de mari lui laissait sur les bras.
Ami, ami, on ne sait pas trop. Les musicologues qui n’ont rien d’autre à faire débattent sans fin sur cette amitié passionnée, exclusive et ambiguë. Mais bon, on n’y était pas, ils choisirent de brûler un jour leur correspondance et c’est leur affaire. Toujours est-il que Brahms n’aura pas d’autre femme dans sa vie, si ce n’est une velléité de fiançailles avec une des filles de Clara, justement. Louche.
 

Intermezzi et autres pièces brèves

Brahms a composé une œuvre extraordinairement dense, multiple, et pas seulement une sonnerie de portable et une musique pour les pubs de voiture, ordinairement connue sous le vocable de « 5ème dans hongroise », avec effets violons sur synthé et gros lyrisme à deux balles.
C’est peu connaître l’animal : innombrables et merveilleuses compositions pour piano, musique de chambre (sonates piano violoncelle à se passer en boucle notamment), concertos (celui pour violon est un des « greatest hits » du genre), symphonies, rhapsodie, chœurs, requiem, lieder… C’est simple, tout sauf l’opéra.
Parmi ses œuvres pour piano, des « grandes formes » sonates, variations, et une multitude de formes brèves, ballades, Intermezzi, fantaisies, Klavierstücke…
C’est parmi ces courtes pièces que se niche l’intermezzo qui nous intéresse. Il est caractéristique du compositeur : sombre et lyrique, d’une grande richesse et d’un grand raffinement harmonique.
 
Un premier thème, très chantant, inspiré d’une ballade écossaise, une berceuse triste. La partie centrale est résolument plus grave et plus agitée, avec une mélodie sombre émergeant d’un halo sonore, puis on assiste à une reprise de thème initial quelque peu varié et enrichi.
C’est d’une grande simplicité. Techniquement un peu complexe, avec des plans sonores différents à mettre en place et des tonnes de bémols et doubles bémols dans la partie centrale, ce qui donne cette sonorité très délicate, un peu irréelle.
C’est pour moi une pièce d’une absolue poésie, dans son dépouillement et son absence d’effets. Il n’y a que la musique. Il lui faut une certaine lenteur, sans lourdeur, sans pathos. Pas si simple !
On en trouve sur You Tube différentes interprétations, avec du bon et du beaucoup moins bon, mais chacun ses goûts.
 
Je vous en propose trois que j’aime bien, pour varier selon les humeurs de jour ou de la nuit, avec des approches sonores et des personnalités d’interprètes très différentes :
 
celle de Catherine Collard, lente, sobre et sensible, d’une grande pureté de son, presque immatérielle, avec un toucher très léger. Attention la prise de son est basse, il faut monter le son presque au max...
 
celle de Gyula Kiss (connaissais pas),un  peu plus rapide, avec un beau toucher et une réelle émotion. Mérite vraiment d’être découvert.  

       

 

et celle d’Hélène Grimaud, très polyphonique, avec de magnifiques passages, beaucoup de relief, de densité,  par moments un peu lourde peut-être. (patientez douze petites secondes avant le départ de la musique ndlr)

 

Voilà, c’était le marché du jour. Et toutes les autres versions sont accessibles d’un clic…
 
Let’s go, friends !  
 
 

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