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Lucie Sagnières

 

 
 
 
Vers   Prose   Bi(o)blio

 

 

 

 

 
oOoOo
 
Vers

 

nirvana de l'absurde
 
   
ill jlmi
 
Bien sûr
          le sentiment du monde
Et les cœurs inutiles alentour
 
Du calibre des artères
     à la crépitante parole du chaos
l'histoire enfle sa pâte
sur le compte du voisin
et
le sang prend ses aises
           dans l'extatique nirvana de l'absurde
A nous
l'horripilante juxtaposition des fatalités
                   la convulsion du verbe révulsé
                   toxique
et la misère difforme des testicules kysteux
A nous
         la lumière aveugle
         la camisole tentaculaire
         d'une saison hybride
immortalisée comme un écusson
         dans la tragique
         insuffisance du ciel.

 

 
 
 
 
 
Nous n’irons plus... 
...en Amérique
ni ailleurs
Les temps sont passés des bateaux chimériques
jamais à l’heure
 
Nous n’irons plus au bois là-bas
les lauriers sont coupés
 
L’ombre déjà nous frôle et cherche notre épaule pour s’y loger
comme un excès d’amour dans un vase ébréché
 
Les oiseaux qui entraient pour un oui pour un non
lumineux
à nous faire baisser les yeux au fond des chambres rouges
à nous soulever de terre
sur les aires à battre le blé
se sont envolés
comme une poignée d’enfants qui bougent
 
Nous n’irons plus danser
le sol est contradictoire et le tango décomposé
Pas une figure imposée qui ne soit aléatoire
pressée d’en finir avec son repentir
 
Le chemin a fait demi-tour dans la nuit  
 
ill.x
 
c’est fatal
en faisant fuir des bêtes aussi muettes que nous
au cœur ballant et machinal
 
Nous n’irons pas non plus voir l’envers du décor
où des femmes et des fleurs recluses
s’amusent
avec l’heure à l’horloge inexacte des corps
 
Nous ne tournerons plus les pages
du matin
quand penchés sur nos châteaux de sable
le reflux de nos sangs était inavouable
 
Nous n’irons plus en Amérique
ni dehors
à bord d’une branche valide
ni dans aucun autre lieu visible
 
Le cœur dort dans sa viande comme dans une hostie
et on se demande
pourquoi autant de mort
après si peu de vie
 
mis en ligne en mars 2012
ooOoOoo
 
Pareil à toi
  le jour
autrefois étendu sur l'étendue de la parole
se rassemble
sous un soleil anxieux
porteur de malheurs facultatifs
            mais valeureux
 
Entre les mots dénoués
         et l'horizon gauchi
des nuages suintent
très tard dans la nuit
 
Les demi-teintes matinales
      ne fardent plus que les coloquintes
      ou les invraisemblances sociales
Quant à la fragilité des voyelles
             revenues de tout
             sentinelles en marge d'un récit pénal
elles
ne font plus d'étincelles  
 
ill. jlmi
 
L'amour perpétuel
             toujours posthume
             toujours en transe
gesticule dans une camisole
qui l'isole des coïncidences
 
Il se supporte à peine
tout comme la lumière
ultra courte
irréelle
des vérités accidentelles
 
Demain
sera une légende
éparpillée dans l'absolu
un parfum de pivoine nue
reclus        dans une roche tarpéïenne
 
Le miel de ton coeur
ô lavandière citadine
   soeur
des enfants
des poètes
et des fous
coule à flots
comme d'un ciel provisoire
            mais doux
un ciel imaginaire
crépitant du feu de tes artères
 
 
 
 
 
Elle ne montre pas mais
  elle indique
 
Son index indélébile ne pointe rien
       ni le sujet ni la destination
Il trace les signes de la marche à suivre
           orientée en sens unique 
           et toutes les étapes de la toile tissée

 

     
ill. © Valérie Dépadova
 
Sa main bat de l'aile
     faussement blanche
en direction de l'accomplissement d'une volonté
     inamovible
     émanée
     immanente
du prisme inscrit d'avance dans les tables de sa loi
 
Prosterne-toi devant ce totem assis
dont les yeux lisses et lents
conduisent ton geste jusqu'au silence de la parole
      agenouillée
 
Son règne
peint à la main
s'étend en trompe l'œil au-dessus de ton crâne
       fissuré
Il s'insinue
persuasif 
dans la place où ne se calculent plus les privations de l'âme
 
Elle ne clame jamais la foudre
      ne convoque pas les armes
Elle avance 
immobile
en agitant des chiffons de velours
aussi caressants que l'envol d'une muleta
        sur le dos de la candeur
 
Elle ne dit rien que tu ne puisses entendre
et ne reçoives comme la pluie sur tes lèvres avides d'être fécondées
et pourtant muettes
 
Ô douceur
    fatale guerrière en habit de soie
    douceur de fer
    qui tranche incognito
la ligne de vie des innocents aux mains vides
 
Salut fol enfant de l'emprise
         lâché libre et mol
         sans visibilité 
mais plus souverain qu'une lance à la racine des blés

2011  mis en ligne juillet 2011

 

 

 

Notes fragiles / des Musiques du Vide. / Le Choc des Sphères                                            ill. jlmi

 

Souffle vif
 
            expulsé dans un ciel d'arrestation
            infesté par les remous originels
  son âme va
  loin des falsifications théâtrales
           et friquées
 
Elle va comme elle allait vers la mansuétude des amandiers
 
Enroulée
           dans les linges solaires
           hors de portée du vide initial
son âme s'en va cueillir les aubaines liliales
           et les immortaliser
           sans protocole
 
Sœur des murmures et des astres récréatifs
           elle n'allume aucune lumière orthopédique
           et n'accorde pas ses répliques
           à des soleils bradés
 
Son âme ne bâcle pas les crépuscules
          elle pénètre les gelées hallucinatoires
          collectionne les doux pluriels
 
Elle plane
          aérienne et perpétuelle
de nativité en survivance
         sans le moindre trucage
avec le galbe de la terre comme un visage
         en ligne de mire
 
Que lui importe les nefs gothiques
         ou les minarets fistulaires
puisqu'elle tient d'une syntaxe inversée
         proche des randonnées lunaires
         et des sources d'enfants
 
Les tricoteurs de mots
         officiellement difformes
         sont sans effet sur son envergure
Leurs échos se perdent dans la perplexité des saisons stellaires
 
Vous pouvez mobiliser les gouffres
          dilater à l'infini les vocalises des hommes
          vautrés
          à temps complet
dans l'insomnie planétaire
le parfum de son âme s'en bat les ailes
 
Il s'élève
         plus léger qu'une lavandière
         une palpitation aortique
au-dessus des combles allégoriques
 
C'est un parfum à mille encablures de là où nous proliférons
         dans la résignation de nos cellules
Un parfum d'été
         aligné sur l'éternité

 

mis en ligne en juin 2011

 

 

 
 
Zachée - monastère des Bénédictines de Toffo / Bénin
 
 
 
 
Nuit
       impatiente
       impérieuse
       courroucée
illumine pleins feux la kermesse !
 
Tourne autour des moulins à paroles
Fais bouger le curseur sur la diagonale du fou 
Laisse le bruit dominer le tumulte !
 
Le jour te le rendra au centuple.
 
A l'ombre du sycomore
   celui de Zachée
   ton frère déroule sa barbe pieuse
   et ses partitions textuelles.
Il sort de la caverne
   juste à temps pour tailler la pierre
   disposer les copeaux dans l'ordre de leur chute. 
 
A proximité
   non loin des eaux usées
des femmes battent de l'aile dans leurs textiles
      en comptant les soleils enfumés
      et les petits enfants mâles.
 
A l'ombre du sycomore
   encore
les hommes relevés investissent les béances prosaïques
     et sèment les fragments qui feront la Loi.
 
A leurs pieds
   un chantier de sens révélés
   et de résidus propres à déchiffrer l'écriture des étoiles.
 
C'est à l'heure sacrée que se déplient les linges collectifs
        que se met en scène l'élan 
        censé revisiter les archives
        et déplacer les lignes sur les tables gravées.
 
 
 
 
 
 
 
Hommes de nuit
sans belles de jour
cherchent petite mer intérieure ou delta favorable
à la noyade
 
Des hommes à terre
insulaires buveurs de bière
immobiles remontés du néant
par le mouvement lent des sédiments fossiles
 
Des hommes familiers
posés de travers à la limite de la lumière
entre l’église et le bistrot
ou bien
assis sur les goguenots
braguette exsangue
abandonnés d’emblée
flétris d’office par tous les orifices de la pensée  
 
photo www.meditant.eu
 
Les voici entre eux
clapis comme les bêtes quand il pleut
perclus d’espérance et clos dans leur chair
avec des têtes à tout faire et des yeux cloués dans le dos
 
Des hommes
des voleurs de pommes prisonniers de leurs pas
et que rien ne console
ne retient
pas même les bras bénévoles des bergères ou des moulins
 
Des hommes dont le nom reste au pied du mur
à l’ombre d’un remord bien plus grand que nature
 
De vieux enfants par dessus bord
par delà l’étendue matinale des corps
et loin du mouvement végétal d’une épaule
 
Le verre à moitié plein
les veines à moitié vides et bleues
d’un sang vénéneux
ils résident là sous les néons lucides
à l’unisson d’une misère de larrons
d’enfants tardifs
que la peur du jour rend spéculatifs
 
Douleur doulou
c’est tout
 
La doulou du poète
des Jules       des frères métaphysiques
et cet élancement de fer à la pointe du nerf
philosophique
 
Une gravitation d’électrons libres incontrôlables
autour des tables
où les prophètes en quête de sens
lancent
des mots à grande voilure
soi-disant de nature à bousiller le silence
 
Des hommes
entre zinc et miroir le soir
tout seuls
au point zéro
sans rien à glisser sous la porte
à reprendre en mains
pas même les draps du matin
et dans la fourche hors d’atteinte
vêtue de soie
la petite vie succincte d’un doigt

 

 

 

 

 

masque double Baloué - c.1850 - Côte d'Ivoire

 

Masque
 
Elle ne montre pas mais
  elle indique
 
Son index indélébile ne pointe rien
       ni le sujet ni la destination
Il trace les signes de la marche à suivre
           orientée en sens unique 
           et toutes les étapes de la toile tissée
 
Sa main bat de l'aile
     faussement blanche
en direction de l'accomplissement d'une volonté
     inamovible
     émanée
     immanente
du prisme inscrit d'avance dans les tables de sa loi
 
Prosterne-toi devant ce totem assis
dont les yeux lisses et lents
conduisent ton geste jusqu'au silence de la parole
      agenouillée
 
Son règne
peint à la main
s'étend en trompe l'œil au-dessus de ton crâne
       fissuré
Il s'insinue
persuasif 
dans la place où ne se calculent plus les privations de l'âme
 
Elle ne clame jamais la foudre
      ne convoque pas les armes
Elle avance 
immobile
en agitant des chiffons de velours
aussi caressants que l'envol d'une muleta
        sur le dos de la candeur
 
Elle ne dit rien que tu ne puisses entendre
et ne reçoives comme la pluie sur tes lèvres avides d'être fécondées
et pourtant muettes
 
O douceur
    fatale guerrière en habit de soie
    douceur de fer
    qui tranche incognito
la ligne de vie des innocents aux mains vides
 
Salut fol enfant de l'emprise
         lâché libre et mol
         sans visibilité 
mais plus souverain qu'une lance à la racine des blés

 

 

oOoOo

 

 

Ire

L'héritage est immense
mais les rejetons nus
 
La suffisante insuffisance
post moderne
a pondu ses balivernes
et le clavecin a vécu
 
Voici les tronçonneurs
faiseurs de rognures
sans prophétie et sans parure
 
Maîtres du débit laconique
des transes bredouillantes
postillonnées
comme un essaim d'erreurs d'optique
 
Voici les outils
auto couronnés
découpeurs de la cacophonie
poseurs d'artifices illisibles
et de glose
sur les choses
issues des champs florissants de l'esprit
 
Voici les martingales
de l'esbroufe
l'arsenal des colloques
prix bouffis
pour figurants en cloque
de solennelles âneries
 
Voici les colleurs d'étiquettes
sur les flacons à sornettes
les pêcheurs à la ligne
qui alignent des spasmes
officialisés depuis la fin de la parole
de l'élan
et dont les vides acides coïncident
avec le néant
 
Mon enfant
ma douleur
allons là-bas vivre ensemble
à l'ombre des ombres qui nous rassemblent
 
Laissons les sons mourants
sur les portées mineures
et dans les lavabos les chiures ingrates des blattes
 
Allons le long
de la beauté rythmée d'éclats et de césures
Suivons les nervures du vent
au-dessus des villages aux pelages étincelants
 
Allons
de sommets éternels en avens mélodiques
jusqu'au seuil épique
peint et repeint à la main
où se maintient le chant diluvien
des colchiques

 

oOoOo

 
 
 
Adam & Eve        la Tentation                    Michelange   Chapelle Sixtine Rome
 
Je la connais toute petite *
sa bite
tiède comme un nourrisson au berceau
et fugitive sous sa peau
avec de bonnes joues que le fard illumine
 
Je la connais sédentaire
ô misère
à peine rattachée à ce dernier viscère
qui lui sert à pisser
et loin de tenir tête à la porte violette
que je referme à clé
 
Je la connais perdue
abandonnée de toutes celles qui l’ont bue
pauvrette en attente de fentes lunatiques
d’arrière-boutiques à triques
où décharger la nuit
 
Chère enfant sur le flanc
bercée par le souffle énervant du vivant
à la merci verbale d’une friandise buccale
 
Mais à l’instant pendant
de l’entre deux
pas de vit mortaiseux
ou de bouillant tison
à foutre mon delta jusqu’au sac de mon con
 
Rien ne laisse augurer des élans de ta pine
sanguine
 
Et voilà qu’en ce nœud de molles repliures
barré de nervures au repos
ma langue bague le trait de la pointe à clouer le désir
jusqu’aux os
 
Un grand rassemblement de sèves remontantes
sous le cuir
donne à la rampe ses degrés et
dilate le flux du Nadir aux aguets
 
Et je la reconnais
défouraillée
fin prête
ô batterie braquée
royale
entièrement pétrie d’une chair acharnée
à défoncer le fond du puits philosophal
 
Je reconnais son mufle de bête
qui tète
et sa racine bleue cabrée
heurtante et que tente la fontanelle du secret
 
Je la reconnais telle que celle qui fît mes beaux jours
et les vôtres
avantageusement tournée et retournée
triomphante dans les labours qu’elle fourre
et refourre comme une charrue dans les blés
 
Ô ma tendue
dont l’ombre marque l’heure reconnue
l’heure fumante de l’accord
Ô la chute dedans
Ô le vide dehors

 

 

* ce texte a fait parti d'un Cabaret érotique proposé en 2007 par Véronique Vella de la Comédie française

 
 
 
 
 
 
 
Hommes de nuit

extrait inédit  de Qui vive

 

                                                            jlmi 2005
 
 
Hommes de nuit
sans belles de jour
cherchent petite mer intérieure ou delta favorable
à la noyade
 
Des hommes à terre
insulaires buveurs de bière
immobiles remontés du néant
par le mouvement lent des sédiments fossiles
 
Des hommes familiers
posés de travers à la limite de la lumière
entre l’église et le bistrot
ou bien
assis sur les goguenots
braguette exsangue
abandonnés d’emblée
flétris d’office par tous les orifices de la pensée
 
Les voici entre eux
clapis comme les bêtes quand il pleut
perclus d’espérance et clos dans leur chair
avec des têtes à tout faire et des yeux cloués dans le dos
 
Des hommes
des voleurs de pommes prisonniers de leurs pas
et que rien ne console
 
ne retient
pas même les bras bénévoles des bergères ou des moulins
 
Des hommes dont le nom reste au pied du mur
à l’ombre d’un remord bien plus grand que nature
 
De vieux enfants par dessus bord
par delà l’étendue matinale des corps
et loin du mouvement végétal d’une épaule
 
Le verre à moitié plein
les veines à moitié vides et bleues
d’un sang vénéneux
ils résident là sous les néons lucides
à l’unisson d’une misère de larrons
d’enfants tardifs
que la peur du jour rend spéculatifs
 
Douleur doulou
c’est tout
 
La doulou du poète
des Jules       des frères métaphysiques
et cet élancement de fer à la pointe du nerf
philosophique
 
Une gravitation d’électrons libres incontrôlables
autour des tables
où les prophètes en quête de sens
lancent
des mots à grande voilure
soi-disant de nature à bousiller le silence
Des hommes
entre zinc et miroir le soir
tout seuls
au point zéro
sans rien à glisser sous la porte
à reprendre en mains
pas même les draps du matin
et dans la fourche hors d’atteinte
vêtue de soie
la petite vie succincte d’un doigt
 
 
oOoOo
 
Prose
 

 

 

 

 
 
oOoOo
 
Bi(o)blio
 
 
Lucie Sagnières est née. C’est incontestable.
Au pied d’une citadelle, en Provence, un soir d’été entre chien et loup, entre guerre et paix. 
Après avoir, pendant une vingtaine d’années joué à jouer  Marivaux, Molière, Tchekov et les autres, elle plonge ( de haut ) dans l’écriture : théâtre, chansons, poèmes, romans et… journalisme alimentaire.
 
 
 
Entre 2000 et 2008, publication aux Editions Anne Carrière de deux biographies dont
une de la comédienne Marthe Villalonga et de deux romans :
 
Le petit de l'ogre ( Prix du premier roman )
 
Les teinturiers de la Lune  ( Prix du Lion’s Club )
 
En 2009, cinq chansons pour le spectacle musical « Le loup » de Marcel Aymé, produit par La Comédie Française et mis en scène par Véronique Vella.
 
En 2006, un titre « Douce » dans l’album de Hélène Ségara et plusieurs titres dans le premier album de Allan Veermer.
 
En 2003, un titre « L'envol » dans l’album de Véronique Pestel ( Prix de l’Académie Charles Cros )
 
Deux  titres  dans le spectacle musical  de Raphaëlle Saudinos produit à Paris et en tournée  par la  compagnie «  Cinquième saison ».
 
En 1995, parution d’un recueil de poèmes « Drailles ». Edition : Cahiers de poésie verte.
 
Entre 1995 et 1985 : plusieurs pièces de théâtre créées en province et à Paris.
 
« Le journal d'un fou » adapté de Gogol, joué et mis en scène par Jacques Zabor. Compagnie J-C Drouot.
« Trinité » tragi-comédie créée au Théâtre des Pays de Loire.
« Le testament du jour » pièce originale créée au Palais des Glaces à Paris avec le soutien du ministère de la Culture.
 
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