Quelques pistes pour un « Cabaret érotique »
 
par Véronique Vella Sociétaire de la Comédie Française.
 
 
J’ai la chance d’avoir dans ma bibliothèque un exemplaire d’un petit livre rouge, à la couverture plastifiée, édité en 1969 (!) sur d’inconnues et d’improbables Presses du nom de Graphédis.
Ouvrage infiniment précieux, car désormais introuvable, sauf chez quelques collectionneurs de vieilleries libertaires, je présume.
Son titre, « Le petit livre rouge de la révolution sexuelle ».
En 3 grands chapitres (1/Le règne des ombres, 2/ Les voix du sexe, 3/ La révolution sexuelle ), mon petit livre dresse le portrait (non exhaustif) de ce qui a été écrit sur le sexe, les pratiques sexuelles, l’érotisme, le cul, pour faire simple, depuis la pastorale catholique et le sacrement de pénitence avant – et après – le Concile de Trente (c’est à dire après que la pastorale chrétienne ait inscrit comme devoir fondamental la tâche de faire passer tout ce qui a trait au sexe au moulin sans fin de la parole !) jusqu’à Georges Bataille et Sigmund Freud, en passant par Rimbaud, Gide, Georges Fourest, Sade, Cazanova, Platon, Ovide, Épicure, plein et plein d’autres, discourant ou poétisant ou chantant, en passant bien sûr par quelques slogans entendus en mai 68.
Ici et là, on découvre aussi la littérature médicale (hallucinante !) qui dès le XVIIIème et surtout le XIXème siècle s’est emparée du sujet, dès qu’elle s’est mise à chercher du côté de l’onanisme, des « maladies de nerfs », des « fraudes à la procréation » l’étiologie de toutes les maladies mentales.
Ce fut l’époque des exhibitionnistes de Lasègue, des fétichistes de Binet, des zoophiles et zooérastes (sic !) de Krafft-Ebing, des auto-monosexualistes (mais si, mais si !) de Rolheder… le temps des mixoscopophiles, des gynécomastes, des presbyophiles, des invertis sexoesthétiques et des femmes dyspareunistes.
C’est une lecture réjouissante, et passionnante.
Elle permet entre autres de comprendre que pendant que d’autres civilisations ou sociétés (la Chine, le Japon, l’Inde, Rome…,) se dotaient d’une ars erotica, notre civilisation à nous s’est attachée, elle, à pratiquer une sciencia sexualis.
À l’art des initiations et du secret Magistral s’oppose un drôle de pouvoir : celui de l’Aveu.
 
C’est aussi une lecture qui fait réfléchir.
Et qui permet quelques constats.
D’abord celui-ci : Plus de vingt siècles après quelques-uns des auteurs cités plus haut, bientôt 40 ans après la révolution sexuelle de la fin des années 60, l’état de pudibonderie qui règne un peu partout est immense.
D’autant plus qu’il est savamment caché sous des tonnes et des tonnes d’affiches, de publicité, de seins à l’air, de soutiens-gorge suggestifs, de « bimboïsation » généralisée.
Mais aussi sous les plaintes lancinantes et répétées des fondamentalistes de toutes obédiences, qui répètent à l’envi que tout est foutu, que le monde court à sa perte, qu’il faut revenir aux Valeurs, que le Diable est caché dans nos culottes, en particulier les culottes des femmes, bien sûr… !
Se plonger avec délectation dans ce petit livre, et rire avec lui, et rosir avec lui, c’est aussi être obligé de reconnaître qu’il serait impossible, aujourd’hui, à un tel ouvrage de voir le jour. Pas un éditeur ne prendrait le risque, et, oserais-je le dire, pas un auteur non plus.
Parce qu’il manque aux pages les plus sulfureuses de Michel Houellebecq ou de Virginie Despentes, ce qui enchante dans les morceaux choisis cités plus haut : le Plaisir d’en parler uniquement pour le Plaisir, l’absence totale de culpabilité, quelque chose, oui, qui s’apparenterait à l’innocence ;
Ce quelque chose qui faisait dire encore à Michel Foucault au tout début des années Sida : « Un cancer réservé aux gays ? Oh ! Ce serait trop beau ! Ce serait… à mourir de rire ! »
La lecture de ces quelques pages – et d’autres – ainsi que l’écoute (hilare) du meilleur de la chanson finement coquine (chantée en particulier par Colette Renard), me font dire qu’un Cabaret Érotique, pris en charge par 3 (4 avec moi) acteurs et actrices de la Maison, et qui parlerait, en textes et en chansons, du sexe et des mille et une manières de le dire, de le vivre, de le décomplexer, pourrait être un Cabaret… Comédie-Française !
Notre Comédie-Française, celle de 2007, loin des clichés, aussi bien ceux des « Atrides » que des sages photos du trombinoscope.
Et puisque des générations et des générations de Pouvoir ont systématiquement accolées les « perversions du sexe » à la Femme, suppôt de Satan, un  Cabaret Érotique, de facto, interrogerait la place des femmes dans notre société, ce qui, par les temps qui courent me semble être un sujet particulièrement… brûlant ! 
Voici, pour commencer, ce qui pourrait être le premier tableau de notre « Cabaret eros ». Il n’y manque qu’un raton-laveur.
Et pour finir, quelques normes de… DÉCENCE CHRÉTIENNE !!!
 
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- Courir la prétentaine
- Courir le guilledou
- Faire des fredaines
- Être un chaud de la pince
- Être porté sur la question
- Avoir du sex-appeal
- Taper dans l’œil
- En pincer pour quelqu’un
- Avoir le coup de foudre
- Avoir un ticket
- Faire une touche
- Conter fleurette
- Faire les yeux doux
- Flirter
- Faire du plat
- Faire du gringue
- Faire du pied
- Proposer la botte
- Chanter la pomme
- Avoir la gaule
- Avoir la trique
- Mettre la main au panier
- Faire des langues fourrées
- Rouler un patin
- Rouler un palot
- Rouler une pelle
- Rouler une galoche
- Se sucer la pomme
- Tailler une plume
- Faire des pompiers
- Faire des pipes
- Faire soixante neuf
- Faire une partouze
- Faire une partie carrée
- Prendre son pinglot
- Prendre son fade
- Prendre son pied
- S’envoyer en l’air
- Se taper un rassis
- Se taper une pignole
- Se taper la colonne
- S’astiquer la colonne
- La veuve poignet
- Se branler
- Foutre !
- Faire la bête à deux dos
- Sacrifier à Venus
- Faire des folies de son corps
- Faire l’amour
- Tremper son biscuit
- Tirer un coup
- Aller au cul !
 
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NORMES DE DÉCENCE CHRÉTIENNE, édictée en Espagne dans les années 50 par la commission Épiscopale d’orthodoxie et de moralité ( !)
 
Sur les spectacles
Le danger n’est pas seulement dans ce qui est présenté sur scène ou à l’écran, mais aussi dans la salle de spectacle à cause de l’obscurité… c’est un devoir que de renforcer l’éclairage supplémentaire des cinémas et des théâtres.
 
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